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Créer une entreprise en activité secondaire : comment démarrer à côté de votre emploi en toute sécurité juridique

Créer son propre business à côté de son emploi existant est en principe possible en Suisse. Cela devient toutefois délicat lorsque ton activité secondaire entre en conflit avec ton contrat de travail, concurrence ton employeur ou nuit à ta prestation de travail.

Quiconque souhaite créer une société en activité secondaire devrait donc penser non seulement au site web, au logo et à l’acquisition de clients. Le contrat de travail, le devoir de fidélité, la forme juridique, l’AVS, les impôts, les assurances, le registre du commerce et la TVA sont également importants.

Ai-je le droit de créer une société à côté de mon emploi ?

Oui. Le droit suisse n’interdit pas automatiquement une création en activité secondaire. L’essentiel est toutefois que tu respects les intérêts légitimes de ton employeur. Ce devoir découle du devoir de fidélité en droit du travail, selon l’art. 321a al. 1 CO.

Le Tribunal fédéral a tracé une ligne importante à ce sujet. Un salarié peut aussi préparer une activité future propre pendant un rapport de travail existant. Cela devient toutefois illicite lorsque la préparation contrevient à la bonne foi, par exemple parce que le salarié concurrence déjà l’employeur pendant la relation de travail ou débauche des clients ou des collaborateurs (ATF 117 II 72 consid. 4a). Même en situation de contrat non résilié, une préparation peut être admissible si la prestation de travail est entièrement fournie et que les intérêts économiques légitimes de l’employeur ne sont pas lésés (ATF 117 II 72 consid. 4b).

En bref : créer une société n’est pas le problème. Le problème survient lorsque, pendant ce temps, tu empiètes économiquement sur le terrain de ton employeur.

Le devoir de fidélité est la limite la plus importante

Le devoir de fidélité constitue le cadre juridique central pour toute création en activité secondaire. Selon l’art. 321a al. 3 CO, un salarié ne doit pas fournir de travail rémunéré à des tiers pendant la relation de travail si cela viole le devoir de fidélité, notamment si l’employeur est concurrencé.

Cela ne signifie pas que toute activité secondaire rémunérée est interdite. Une activité secondaire est en principe possible tant qu’elle n’engendre pas de concurrence, ne porte pas atteinte à la réputation de l’employeur et ne nuit pas à ta capacité de travail dans l’emploi principal. Ces principes correspondent à l’appréciation officielle du droit du travail concernant l’activité accessoire (SECO, «activité accessoire»).

Il ne suffit donc pas de dire : «Je ne le fais que le soir.» Si ton activité secondaire nuit à ta performance dans l’emploi principal ou vise le même marché de clients, la situation peut devenir délicate au regard du droit du travail.

Quand la société secondaire devient-elle une concurrence interdite ?

Il n’y a pas concurrence du seul fait que tu agis de manière entrepreneuriale. Selon la jurisprudence, il faut un véritable rapport de concurrence. Celui-ci existe lorsque des prestations de même nature sont proposées à une clientèle totalement ou partiellement identique (TF 4A_50/2021 consid. 3.6).

Le Tribunal fédéral souligne qu’un salarié peut préparer une activité ultérieure. La limite est toutefois franchie s’il commence déjà à concurrencer l’employeur pendant la relation de travail ou s’il débauche des clients ou des collaborateurs (TF 4A_50/2021 consid. 3.7).

En pratique, cela signifie que si, en tant que conseiller marketing salarié, tu lances le week-end une boutique en ligne de céramiques faites à la main, c’est en général moins problématique. En revanche, si tu proposes parallèlement les mêmes prestations de conseil à la même cible que ton employeur, la situation devient vite critique.

Les moyens de l’employeur et les secrets d’affaires sont interdits

Une erreur fréquente lors d’une création en activité secondaire consiste à utiliser les ressources de l’employeur. Les outils de travail, installations techniques, véhicules et matériel de l’employeur doivent être traités avec soin (art. 321a al. 2 CO).

Tu ne devrais donc pas utiliser pour ta propre société les données clients, modèles, accès logiciels, appareils, adresses e-mail ou informations internes de ton employeur. Les secrets d’affaires et secrets de fabrication sont particulièrement sensibles. Tu ne peux pas exploiter ou divulguer de tels faits confidentiels pendant la relation de travail. Même après la fin du rapport de travail, le devoir de confidentialité subsiste dans la mesure où cela est nécessaire pour préserver les intérêts légitimes de l’employeur (art. 321a al. 4 CO).

Pour la pratique, la distinction est simple : ce que tu as reçu, développé ou appris pour ton employeur n’a pas automatiquement sa place dans ton propre business.

Ne sous-estime pas le temps de travail, les temps de repos et ton énergie

Outre la question de la concurrence, il existe une deuxième limite pratique : ta société secondaire ne doit pas nuire à ta prestation de travail dans l’emploi principal. Si, en raison de rendez-vous clients le soir, de travail le week-end ou de comptabilité nocturne, tu es durablement épuisé dans ton emploi principal, une activité qui ne concurrence pas en soi peut aussi poser problème.

En cas de cumul d’activités, des dispositions protectrices de la loi sur le travail peuvent en outre entrer en ligne de compte, notamment les durées maximales de travail et les temps de repos. Cela est particulièrement important lorsque l’activité secondaire est intensive sur le plan temporel ou physiquement exigeante. Ce qui compte n’est pas seulement ce qui figure dans le contrat, mais aussi ta capacité à continuer d’exécuter fiablement tes obligations dans l’emploi principal (SECO, «activité accessoire»).

Vérifier le contrat de travail : obligation d’annonce, autorisation et interdiction de concurrence

Avant de créer une activité secondaire, tu devrais lire attentivement ton contrat de travail. De nombreux contrats contiennent des clauses relatives aux activités accessoires. De telles clauses peuvent par exemple prévoir que l’activité secondaire doit être annoncée ou autorisée.

Tu dois prendre ces clauses contractuelles au sérieux. Même si une activité accessoire n’est pas automatiquement interdite par la loi, une obligation contractuelle d’annonce ou d’autorisation peut exister. Tu dois être particulièrement prudent si le business que tu prévois exerce dans le même secteur, avec des clients similaires ou des prestations similaires à celles de ton employeur.

La logique est différente pour l’interdiction de concurrence postcontractuelle. Celle-ci ne produit ses effets qu’après la fin du rapport de travail. Selon l’art. 340 al. 1 CO, un salarié capable de discernement peut s’engager par écrit à ne pas exercer d’activité concurrente après la fin des rapports de travail. Une telle interdiction n’est toutefois contraignante que si le salarié a eu connaissance de la clientèle ou de secrets de fabrication et d’affaires, et que l’utilisation de ces connaissances pourrait causer un préjudice considérable à l’employeur (art. 340 al. 2 CO).

Pour les fondatrices et fondateurs en activité secondaire, cela signifie que, pendant l’engagement, c’est surtout le devoir de fidélité qui est déterminant. Après le départ, une interdiction de concurrence valable peut en plus devenir pertinente.

Entreprise individuelle, Sàrl ou SA : quelle forme juridique convient à l’activité secondaire ?

Beaucoup commencent en activité secondaire avec une entreprise individuelle. C’est simple, bon marché et léger sur le plan administratif. Une personne physique qui exploite un commerce ne doit faire inscrire son entreprise individuelle au registre du commerce que lorsque le chiffre d’affaires réalisé au cours du dernier exercice atteint au moins CHF 100'000 (art. 931 al. 1 CO). Une inscription facultative est possible (art. 931 al. 3 CO). L’entreprise individuelle convient particulièrement aux activités plus modestes, à caractère personnel et ne nécessitant pas un grand besoin en capital (KMU.admin.ch, «Forme juridique: entreprise individuelle»).

Pour l’entreprise individuelle, un point est important : tu n’es pas séparé de ton entreprise. Cela peut être pratique pour des activités petites et peu risquées. Pour des risques de responsabilité plus importants, des investissements ou plusieurs participants, une Sàrl ou une SA peut être plus appropriée.

La Sàrl est une société de capitaux à caractère personnel. En principe, seule la fortune sociale répond de ses engagements (art. 772 al. 1 CO). Le capital social minimal est de CHF 20'000 (art. 773 al. 1 CO). La SA est également une société de capitaux, pour laquelle en principe seule la fortune sociale répond des engagements (art. 620 al. 1 CO). Le capital-actions minimal est de CHF 100'000 (art. 621 al. 1 CO).

Cette limitation de la responsabilité est un avantage important de la Sàrl et de la SA. Elle ne signifie toutefois pas que les fondatrices et fondateurs ne supportent jamais de risques personnels. Des garanties personnelles, cautions, contrats privés ou violations de devoirs en tant qu’organe peuvent malgré tout avoir des conséquences personnelles. C’est précisément pour les crédits bancaires, les contrats de bail ou les contrats importants avec des fournisseurs qu’un examen attentif des signatures et des sûretés personnelles vaut la peine.

En pratique, cela signifie que l’entreprise individuelle convient souvent pour un démarrage simple. La Sàrl peut être judicieuse si tu veux limiter les risques de responsabilité, avoir une présentation plus professionnelle ou intégrer plus tard des collaborateurs et des partenaires. La SA convient généralement plutôt à des projets plus intensifs en capital ou davantage axés sur la croissance.

Comptabilité : même « à côté », il faut de l’ordre

Même si tu crées « seulement à côté », tu as besoin d’une comptabilité propre. Les entreprises individuelles et les sociétés de personnes avec moins de CHF 500'000 de chiffre d’affaires au cours du dernier exercice doivent tenir au minimum une comptabilité des recettes, des dépenses et de la fortune (art. 957 al. 2 CO). À partir de CHF 500'000 de chiffre d’affaires, les entreprises individuelles et les sociétés de personnes sont soumises à l’obligation ordinaire de tenir une comptabilité et de présenter des comptes (art. 957 al. 1 ch. 1 CO).

Les personnes morales, notamment la Sàrl et la SA, sont soumises à l’obligation de tenir une comptabilité et de présenter des comptes indépendamment du chiffre d’affaires (art. 957 al. 1 ch. 2 CO). Ces principes correspondent aussi à la qualification officielle de la forme juridique de l’entreprise individuelle (KMU.admin.ch, «Forme juridique: entreprise individuelle»).

En particulier lors d’une création en activité secondaire, il vaut la peine de séparer dès le départ les finances privées et professionnelles de manière claire. Cela facilite l’AVS, les impôts, les assurances et plus tard aussi une éventuelle transformation ou expansion.

AVS et assurances sociales : salarié et indépendant à la fois ?

Oui, c’est possible. Selon l’art. 12 al. 2 LPGA, une personne exerçant une activité indépendante peut simultanément être aussi salariée si elle réalise un revenu correspondant. C’est précisément le cas pour de nombreuses créations en activité secondaire.

Est réputé indépendant celui qui réalise un revenu qui ne constitue pas la contre-prestation d’un travail effectué en qualité de salarié (art. 12 al. 1 LPGA). En pratique, les éléments déterminants sont surtout le risque entrepreneurial, une organisation du travail propre et une présence visible sur le marché. L’appréciation ne se fait pas de manière globale pour une personne, mais en fonction de l’activité concrète. Il est donc possible d’être salarié dans l’emploi principal et d’être considéré comme indépendant pour une autre activité exercée à côté (Fiche AVS/AI 2.02, «Cotisations des personnes exerçant une activité indépendante à l’AVS, l’AI et l’APG»).

Pour les faibles revenus issus d’une activité accessoire indépendante, il existe une règle spéciale en matière d’AVS. Sur le revenu provenant d’une activité indépendante exercée à titre accessoire qui ne dépasse pas CHF 2'500 par année civile, les cotisations ne sont perçues qu’à la demande de la personne assurée (art. 19 RAVS). Pour l’année 2026, les informations officielles AVS/AI confirment ce seuil de CHF 2'500 (Fiche AVS/AI 2.02).

Attention : sur Internet, on trouve parfois encore d’anciennes indications mentionnant CHF 2'300. Pour l’année 2026, selon les sources officielles vérifiées, le seuil de CHF 2'500 fait foi.

Dès que ton activité secondaire dépasse ce cadre ou que l’activité prend sérieusement de l’ampleur, tu devrais clarifier rapidement l’inscription et la reconnaissance auprès de la caisse de compensation. Pour la reconnaissance en tant qu’indépendant, des documents tels que des factures, contrats, offres, papier à en-tête ou autres justificatifs relatifs à l’activité exercée sont typiquement pertinents (Portail PME de la Confédération, «Indépendance: un guide»).

Impôts, TVA et assurances figurent aussi sur la liste de contrôle

Les revenus de l’activité secondaire sont fiscalement pertinents. Dans une entreprise individuelle, le bénéfice entre en principe dans ta situation fiscale personnelle. Dans une Sàrl et une SA, la société est une entité juridique propre, ce qui implique une structure différente sur le plan fiscal et des assurances sociales.

Un point important est la TVA. Les entreprises ayant leur siège en Suisse peuvent en principe être assujetties à la TVA si elles exercent une activité professionnelle ou commerciale de manière indépendante, apparaissent vers l’extérieur sous leur propre nom et réalisent durablement des recettes provenant de prestations. Pour la plupart des entreprises, la limite de chiffre d’affaires de CHF 100'000 provenant de prestations en Suisse et à l’étranger est déterminante, dans la mesure où ces prestations ne sont pas exclues de l’impôt (AFC, «Assujettissement à la TVA»).

Ce seuil de CHF 100'000 est important en pratique, car il apparaît aussi dans l’obligation d’inscription au registre du commerce pour l’entreprise individuelle. Il s’agit toutefois de deux sujets différents. L’inscription au registre du commerce concerne l’enregistrement de ton entreprise individuelle. La TVA concerne la question de savoir si tu dois facturer la TVA. Si ton activité secondaire se rapproche d’un chiffre d’affaires de CHF 100'000, tu devrais donc examiner séparément ces deux questions.

Tu ne devrais pas non plus sous-estimer les assurances. Selon l’activité, une assurance responsabilité civile professionnelle, responsabilité civile d’exploitation, assurance-accidents, indemnités journalières en cas de maladie ou des solutions de prévoyance supplémentaires peuvent être importantes. Si tu engages des collaborateurs, des obligations supplémentaires en matière d’assurances sociales apparaissent. La configuration concrète dépend fortement du secteur, de la forme juridique et du profil de risque.

Pour la création en activité secondaire, la règle est donc la suivante : démarre de manière légère, mais pas à l’aveugle. Plus ton projet se montre vers l’extérieur, plus le chiffre d’affaires augmente et plus le risque de responsabilité est élevé, plus des structures claires deviennent importantes.

Communication avec l’employeur : la transparence peut réduire les risques

Toute création ne doit pas automatiquement être annoncée à l’employeur. Si ton contrat de travail prévoit toutefois une obligation d’annonce ou d’autorisation, tu dois la respecter. Même sans clause explicite, une communication transparente peut être judicieuse si l’activité est proche du domaine d’activité de ton employeur ou devient intensive en temps.

Tu n’es pas forcément obligé de dévoiler toute ton idée commerciale à ton employeur. En revanche, une délimitation claire est utile. Tu devrais pouvoir expliquer que tu n’utilises pas ton temps de travail, n’emploies pas les moyens de l’employeur, ne débauches ni clients ni collaborateurs et qu’il n’y a pas de concurrence.

Une prudence particulière s’impose surtout pour des activités exercées dans le même secteur. Ce qui te paraît être une «préparation sans danger» peut, du point de vue de l’employeur, ressembler à une menace pour ses intérêts économiques.

La question de départ la plus importante : peux-tu séparer proprement ?

Avant de créer une société en activité secondaire, la question la plus importante n’est pas seulement : «Ai-je le temps pour cela ?» La meilleure question est : «Puis-je séparer mon projet de mon emploi de manière propre, juridiquement et pratiquement ?»

Si tu fournis ta prestation de travail comme auparavant, n’utilises aucun secret d’affaires, ne sollicites aucun client de ton employeur, n’emploies pas l’infrastructure de l’employeur, ne viole aucune obligation contractuelle d’autorisation et gardes à l’esprit les temps de repos prévus par la loi sur le travail, une création en activité secondaire est nettement moins risquée sur le plan juridique.

En revanche, si ton projet évolue dans le même marché, vise les mêmes clients ou s’appuie sur le savoir-faire acquis dans ton emploi, tu devrais vérifier avant de te lancer si des limites contractuelles ou légales sont dépassées.

Résumé

Créer une société en activité secondaire est en principe autorisé en Suisse. Les principales limites découlent du devoir de fidélité envers l’employeur selon l’art. 321a CO. Les actes préparatoires sont admissibles tant que tu ne concurrence pas ton employeur, ne débauches ni clients ni collaborateurs, n’utilises pas de secrets d’affaires et que ta prestation de travail ne souffre pas (ATF 117 II 72 consid. 4a, TF 4A_50/2021 consid. 3.7).

Avant de commencer, tu devrais vérifier ton contrat de travail, en particulier les clauses relatives aux activités accessoires et les interdictions de concurrence selon l’art. 340 CO. Pour la forme juridique, l’entreprise individuelle est souvent l’entrée la plus simple, tandis que la Sàrl et la SA deviennent surtout intéressantes en présence de risques de responsabilité, de croissance et d’une présentation professionnelle.

Pour l’AVS et les assurances sociales, il est important de savoir que tu peux être à la fois salarié et indépendant (art. 12 al. 2 LPGA). Pour une activité accessoire indépendante de faible importance jusqu’à CHF 2'500 par année civile, les cotisations ne sont perçues qu’à la demande (art. 19 RAVS). À partir de montants plus élevés ou lors d’une entrée sérieuse sur le marché, tu devrais clarifier rapidement la reconnaissance auprès de la caisse de compensation.

Le registre du commerce, la comptabilité, les impôts, la TVA et les assurances doivent également figurer dès le départ sur la liste de contrôle. Le meilleur principe est le suivant : créer à côté de son emploi est possible. Mais plus ton activité secondaire se rapproche de l’activité de ton employeur et plus ton projet grandit, plus tu dois délimiter les choses avec rigueur.


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