Quand es-tu considéré comme indépendant au sens du droit des assurances sociales ?
Tu n'es pas automatiquement considéré comme indépendant du seul fait que tu as une entreprise individuelle ou que tu rédiges des factures. L'élément décisif est de savoir si tu travailles effectivement pour ton propre compte, sous ton propre nom et à tes propres risques économiques.
L'AVS fait la distinction entre activité lucrative indépendante et dépendante. Le revenu d'une activité lucrative indépendante est tout revenu professionnel qui ne constitue pas le salaire d'un travail dépendant (art. 9, al. 1 LAVS). La caisse de compensation examine au cas par cas si ton activité est réellement indépendante. Ce n'est pas le texte du contrat qui importe en premier lieu, mais la manière dont le travail est réellement organisé.
Le Tribunal fédéral précise que ce n'est pas la qualification civile du contrat qui est déterminante, mais les réalités économiques. On cherche à savoir quelles caractéristiques l'emportent (ATF 149 V 57 ch. 6.2). Plaidoyer en faveur de l'indépendance repose généralement sur des investissements importants, des locaux commerciaux propres, du personnel propre, plusieurs mandants et un véritable risque d'entreprise (ATF 149 V 57 ch. 6.4).
Autre point important : une inscription au registre du commerce en tant qu'entreprise individuelle ne prouve pas à elle seule que tu es indépendant au sens des assurances sociales. Le Tribunal fédéral a expressément retenu que l'inscription en tant qu'entreprise individuelle n'est en principe pas déterminante pour délimiter l'activité lucrative indépendante de l'activité dépendante (ATF 149 V 57 ch. 4.2).
Dans la pratique, cela signifie : si tu travailles presque exclusivement pour un seul mandant, dont tu ne peux guère influencer les prix, les processus, la méthode de travail et l'accès aux clients, la caisse de compensation peut conclure, malgré l'entreprise individuelle, que tu es salarié pour les assurances sociales. En revanche, si tu te présentes visiblement sur le marché, que tu as plusieurs clients, que tu fais de la prospection par toi-même, que tu supportes tes propres coûts et que tu organises ton travail librement, cela tend plutôt vers l'indépendance.
Quelles cotisations AVS dois-tu payer en tant qu'entrepreneur individuel ?
En tant qu'entrepreneur individuel, tu dois en principe payer toi-même tes cotisations AVS, AI et APG. Il n'y a pas d'employeur pour en prendre la moitié à sa charge.
Sont obligatoirement assurées à l'AVS, en particulier, les personnes physiques domiciliées en Suisse ainsi que les personnes qui y exercent une activité lucrative (art. 1a, al. 1 LAVS). Une cotisation AVS de 8,1 % est prélevée sur le revenu d'une activité lucrative indépendante (art. 8, al. 1 LAVS). À cela s'ajoutent les cotisations AI de 1,4 % (art. 3, al. 1 LAI) et les cotisations APG, qui sont prélevées en tant que suppléments à l'AVS et ne peuvent pas dépasser 0,5 % du revenu de l'activité lucrative (art. 27, al. 2 LAPG).
Au total, pour un revenu correspondant, la charge s'élève à 10 % pour l'AVS, l'AI et l'APG pour les indépendants. Pour les revenus plus bas, un barème dégressif s'applique. La loi prévoit que le taux de cotisation AVS est réduit lorsque le revenu est inférieur à CHF 60'500, mais d'au moins CHF 10'100 par an (art. 8, al. 1 LAVS). En cas de très faible revenu, une cotisation minimale est en principe due (art. 8, al. 2 LAVS).
Le calcul ne se base pas sur ton chiffre d'affaires. Le montant déterminant est le revenu provenant de l'activité lucrative indépendante. Du revenu brut sont déduits, entre autres, les frais d'acquisition, les amortissements et provisions justifiés par l'usage commercial, les pertes commerciales, certains versements de prévoyance ainsi que l'intérêt du capital propre engagé dans l'exploitation (art. 9, al. 2 LAVS). Les autorités fiscales cantonales annoncent le revenu et le capital propre engagé à la caisse de compensation (art. 9, al. 3 LAVS).
Pratiquement, cela signifie : tes cotisations AVS dépendent étroitement de ta comptabilité et de ta taxation fiscale. Des chiffres propres sont donc importants non seulement fiscalement, mais aussi pour les assurances sociales dans l'entreprise individuelle.
Comment t'affilier auprès de l'AVS ?
Tu annonces ton activité indépendante auprès de la caisse de compensation compétente. Ce n'est que lorsque la caisse de compensation reconnaît ton activité que tu es enregistré comme indépendant pour cette activité.
Dans la pratique, la caisse de compensation exige souvent des justificatifs. Il peut s'agir de factures, de contrats, d'un site web, d'offres, d'une inscription au registre du commerce, de baux commerciaux, de pièces justificatives concernant les investissements ou de preuves de l'existence de plusieurs mandants. L'essentiel est que ton activité ait effectivement débuté. Une indépendance purement planifiée ne peut généralement pas encore être évaluée de manière définitive sous l'angle des assurances sociales.
Cette inscription est particulièrement importante si tu passes d'un emploi salarié à l'indépendance. Tant que ton statut n'est pas clair, des rappels de cotisations ou des corrections peuvent survenir ultérieurement. Les cotisations de sécurité sociale ne sont pas une simple formalité. Elles sont liées à ton modèle d'activité effectif.
Es-tu soumis à la LPP en tant qu'entrepreneur individuel ?
Non, en tant qu'entrepreneur individuel, tu n'es en principe pas obligatoirement assuré dans la prévoyance professionnelle. Tu peux toutefois t'affilier volontairement à une caisse de pension.
La LPP prévoit certes la possibilité d'assujettir obligatoirement certaines catégories professionnelles d'indépendants à la demande de leurs associations professionnelles (art. 3 LPP). Pour la plupart des entreprises individuelles, la prévoyance professionnelle reste facultative. Les personnes exerçant une activité lucrative indépendante qui ne sont pas soumises à l'assurance obligatoire peuvent se faire assurer à titre facultatif selon la LPP (art. 4, al. 1 LPP).
Les dispositions sur l'assurance obligatoire s'appliquent alors par analogie, notamment les limites de revenus (art. 4, al. 2 LPP). Dans la LPP obligatoire, la part du salaire annuel comprise entre CHF 26'460 et CHF 90'720, appelée salaire coordonné, doit être assurée (art. 8, al. 1 LPP). Pour les solutions facultatives, différentes structures peuvent jouer un rôle en fonction de l'affiliation et du plan de prévoyance.
Les personnes exerçant une activité indépendante peuvent se faire assurer auprès de l'institution de prévoyance de leur profession ou de leurs salariés. Celles qui n'ont pas cette possibilité peuvent s'assurer auprès de l'institution de supplétive (art. 44 LPP). De plus, la loi permet aux indépendants de s'assurer exclusivement dans le domaine de la prévoyance plus étendue (art. 4, al. 3 LPP). Les cotisations et versements doivent toutefois servir durablement à la prévoyance professionnelle (art. 4, al. 4 LPP).
Pour les assurances sociales dans l'entreprise individuelle, la question de la LPP est donc avant tout une question de prévoyance. Si tu n'as pas de caisse de pension, tu ne constitues pas de capital de vieillesse via le deuxième pilier et tu ne disposes pas non plus de la couverture d'invalidité ou de décès correspondante de la prévoyance professionnelle. Selon le revenu, la situation de famille et le profil de risque, cela peut constituer une lacune importante.
L'assurance-accidents est-elle obligatoire pour les indépendants ?
Non, en tant que titulaire indépendant d'une entreprise individuelle, tu n'es pas automatiquement assuré obligatoirement contre les accidents selon la LAA. Tu peux toutefois t'assurer à titre facultatif.
L'obligation d'assurance selon la LAA s'applique en principe aux travailleurs occupés en Suisse, y compris les apprentis, les stagiaires et autres personnes assimilées à des salariés (art. 1a, al. 1 LAA). Les indépendants n'y sont pas soumis automatiquement. La loi leur donne toutefois la possibilité de s'assurer à titre facultatif selon la LAA. Les indépendants domiciliés en Suisse et les membres de leur famille collaborant à l'entreprise qui ne sont pas assurés obligatoirement peuvent s'assurer à titre facultatif (art. 4, al. 1 LAA).
C’est très important dans la pratique. Un accident peut aussi survenir lors d'un travail de bureau. Pour les activités manuelles, gastronomiques, médicales, sportives ou mobiles, le risque est souvent encore plus évident. Sans assurance-accidents adaptée, tu dois vérifier quelle couverture existe via ta caisse-maladie et quelles pertes de gain ne sont pas couvertes. La caisse-maladie couvre les frais médicaux, mais ne remplace pas automatiquement ton revenu d'activité.
L'assurance facultative selon la LAA peut donc être particulièrement judicieuse si ton revenu dépend fortement de ta propre capacité de travail. L'ordonnance précise en outre qu'une personne travaillant partiellement comme salariée peut également conclure une assurance facultative (art. 134, al. 1 OLAA). C'est pertinent si tu es, par exemple, encore salarié en parallèle de ton entreprise individuelle.
Qu'en est-il si tu emploies des collaborateurs ?
Dès que ton entreprise individuelle emploie des collaborateurs, la situation change nettement. Tu n'es plus seulement un travailleur indépendant, mais aussi un employeur.
Pour tes salariés, tu dois décompter les assurances sociales comme un employeur. Cela comprend notamment l'AVS, l'AI, les APG, l'assurance-chômage, les allocations familiales, l'assurance-accidents et, selon le niveau de salaire, la prévoyance professionnelle. Alors que tu n'es pas toi-même soumis à l'obligation d'assurance de la LAA et de la LPP, tes collaborateurs peuvent être assurés obligatoirement.
C'est un écueil fréquent. De nombreux fondateurs ne pensent qu'à eux-mêmes lorsqu'il s'agit d'assurances sociales dans l'entreprise individuelle. Dès qu'une première personne est engagée, des obligations supplémentaires apparaissent. Tu devrais alors clarifier rapidement quelle caisse de compensation, quelle assurance-accidents et quelle caisse de pension sont compétentes, et comment configurer correctement le décompte des salaires.
Quels sont les pièges typiques à éviter ?
Une erreur fréquente consiste à annoncer sa propre activité indépendante trop tardivement à la caisse de compensation. Cela peut générer des incertitudes, surtout si tu as déjà envoyé des factures et qu'il n'est pas encore garanti que tu seras reconnu comme indépendant.
Une deuxième erreur est de confondre chiffre d'affaires et revenu. Les cotisations AVS ne sont pas calculées sur l'ensemble du chiffre d'affaires, mais sur le revenu soumis à cotisation provenant de l'activité lucrative indépendante. Malgré tout, tu dois prévoir des liquidités, car les cotisations définitives seront fixées plus tard sur la base des données fiscales.
Une troisième erreur est d'ignorer la LPP et la LAA sous prétexte qu'elles sont souvent facultatives pour les indépendants. Facultatif ne signifie pas sans importance. Les personnes qui vivent de leur propre force de travail devraient décider de manière réfléchie si et comment elles souhaitent se couvrir contre les risques de vieillesse, d'invalidité, de décès et d'accident.
Une quatrième erreur est de supposer qu'une entreprise individuelle a toujours le statut d'indépendant au sens des assurances sociales. Comme le montre la jurisprudence, c'est la situation économique réelle qui prévaut. Si tu es fortement intégré dans l'organisation d'un mandant, que tu ne prospectes aucun client propre et que tu ne supportes pratiquement aucun risque entrepreneurial, la qualification peut être différente (ATF 149 V 57 ch. 6.3).
Si tu as besoin d'aide pour la création d'entreprise, Jurata se fera un plaisir de t'accompagner à tout moment.
Conclusion
Dans une entreprise individuelle, les assurances sociales fonctionnent différemment d'un emploi salarié. L'AVS, l'AI et les APG sont obligatoires pour les indépendants et sont entièrement prises en charge par leurs propres soins. La LPP et la LAA sont en principe facultatives pour le titulaire d'une entreprise individuelle, mais elles peuvent s'avérer très importantes selon le niveau de risque et les besoins de prévoyance.
La première étape cruciale consiste à faire reconnaître ton activité indépendante par la caisse de compensation. Ensuite, tu devrais planifier consciemment tes cotisations, ta prévoyance et ta couverture accidents. Car l'indépendance ne signifie pas seulement la liberté, mais implique aussi la responsabilité de sa propre sécurité sociale.
Questions fréquentes sur les assurances sociales dans l'entreprise individuelle
Dois-je payer l'AVS en tant qu'entrepreneur individuel ?
Oui. Si tu exerces une activité lucrative indépendante en Suisse, tu dois en principe payer des cotisations AVS, AI et APG. La cotisation AVS sur le revenu d'une activité lucrative indépendante s'élève à 8,1 % (art. 8, al. 1 LAVS). À cela s'ajoutent l'AI et les APG.
Suis-je automatiquement indépendant avec une entreprise individuelle ?
Non. Une entreprise individuelle ou une inscription au registre du commerce ne suffit pas à elle seule. La caisse de compensation examine la situation économique réelle. Les critères décisifs sont notamment le risque d'entreprise propre, l'existence de plusieurs mandants, la présence sur le marché et l'indépendance organisationnelle (ATF 149 V 57 ch. 4.2).
Dois-je cotiser à une caisse de pension en tant qu'entrepreneur individuel ?
En règle générale, non. Les personnes exerçant une activité lucrative indépendante ne sont pas soumises obligatoirement à la LPP. Elles peuvent toutefois s'assurer à titre facultatif (art. 4, al. 1 LPP).
Suis-je automatiquement assuré contre les accidents en tant qu'indépendant ?
Non. L'obligation d'assurance selon la LAA s'applique en principe aux salariés (art. 1a, al. 1 LAA). Les personnes indépendantes peuvent s'assurer à titre facultatif selon la LAA (art. 4, al. 1 LAA).




