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Créer un bureau d'architectes en Suisse

La forme juridique, la responsabilité, les contrats et les assurances expliqués de manière simple.

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Quiconque souhaite créer un cabinet d'architectes pense souvent d'abord au portfolio, à l'acquisition de clients, au réseau et aux premiers projets. Sur le plan juridique, d'autres questions sont pourtant décisives. Quelle forme juridique est adaptée à votre risque ? Quand devez-vous vous inscrire au registre du commerce ? Qui est responsable en cas d'erreur de planification, de direction des travaux défectueuse ou de dépassement de budget ? Et quelles assurances devriez-vous examiner dès le départ ?

Quelle forme juridique convient à un bureau d'architectes ?

La forme juridique appropriée dépend avant tout de la question de savoir si vous vous lancez seul, de l'importance de votre risque de responsabilité et de votre volonté d'intégrer ultérieurement des collaborateurs, des partenaires ou des investisseurs.

De nombreux architectes débutent sous la forme d'une entreprise individuelle, car cette forme juridique est simple et économique. Une entreprise individuelle naît de fait avec le début de l'activité professionnelle indépendante. L'inscription au registre du commerce est en principe obligatoire pour les entreprises individuelles si le chiffre d'affaires réalisé au cours du dernier exercice s'élève au moins à CHF 100'000. Les personnes exerçant une profession libérale en sont dispensées, pour autant qu'elles n'exploitent pas une industrie en la forme commerciale (art. 931, al. 1, CO). Une inscription volontaire est possible (art. 931, al. 3, CO).

L'inconvénient de l'entreprise individuelle est la responsabilité personnelle. Il n'y a pas de séparation juridique entre vous en tant que personne physique et votre entreprise. Si un mandat d'architecture entraîne une demande d'indemnisation élevée, votre patrimoine privé peut donc en principe également être touché.

La Sàrl est l'alternative évidente pour de nombreux petits et moyens bureaux d'architectes. Il s'agit d'une société de capitaux, dans laquelle seule la fortune sociale répond en principe des dettes sociales (art. 772, al. 1, CO, art. 794 CO). Le capital social s'élève au moins à CHF 20'000 (art. 773, al. 1, CO). La Sàrl ne naît qu'avec son inscription au registre du commerce (art. 779, al. 1, CO).

La SA convient plutôt aux bureaux de plus grande taille, aux projets de croissance, aux modèles de participation ou lorsque la visibilité extérieure d'une société anonyme est importante. Le capital-actions est d'au moins CHF 100'000 (art. 621, al. 1, CO). La SA n'acquiert elle aussi la personnalité juridique qu'avec son inscription au registre du commerce (art. 643, al. 1, CO). Comme pour la Sàrl, la responsabilité est en principe limitée à la fortune sociale. Cela ne protège toutefois pas contre toute responsabilité personnelle, par exemple en cas de manquement aux devoirs de la part des organes.

Si vous souhaitez créer votre bureau d'architectes, la Sàrl est souvent un juste milieu entre image professionnelle extérieure, limitation de la responsabilité et besoin de capital modéré. L'entreprise individuelle est plus simple, mais plus risquée en termes de responsabilité. La SA est structurellement plus forte, mais plus complexe et plus gourmande en capital.

À quoi devez-vous veiller pour le nom de l'entreprise ?

La raison de commerce doit être conforme à la vérité, ne peut induire en erreur et ne doit blesser aucun intérêt public (art. 944, al. 1, CO). S'il s'agit d'une entreprise individuelle, le nom de famille du titulaire doit figurer dans la raison de commerce (art. 945, al. 1, CO). Une entreprise individuelle ne peut en outre contenir aucun ajout suggérant un rapport de société (art. 945, al. 3, CO).

Pour la Sàrl et la SA, le choix du nom est en principe plus libre. La forme juridique doit toutefois être indiquée dans la raison de commerce (art. 950, al. 1, CO). De plus, la raison de commerce d'une société commerciale doit se distinguer nettement de toutes les raisons de commerce de sociétés commerciales et de coopératives déjà inscrites en Suisse (art. 951 CO).

En pratique, cela signifie : vérifiez avant la création si le nom souhaité figure déjà de manière similaire dans le registre du commerce. Pour un bureau d'architectes, il vaut également la peine de procéder à une vérification de la marque et du nom de domaine, en particulier si vous souhaitez vous présenter sous une marque d'atelier ou de bureau forte.

Quelle est la responsabilité d'un bureau d'architectes envers les maîtres d'ouvrage ?

Un bureau d'architectes n'est pas responsable simplement parce qu'un projet de construction devient plus cher, plus complexe ou source de conflits. La responsabilité est généralement engagée lorsqu'une obligation contractuelle est violée, qu'un dommage survient, qu'il existe un rapport de causalité et qu'une faute est commise. En cas de responsabilité contractuelle, la faute est en principe présumée, à moins que le débiteur ne prouve qu'aucune faute ne lui est imputable (art. 97, al. 1, CO).

Les prestations d'architecte ne sont pas toujours traitées de la même manière sur le plan juridique. Un contrat d'architecte dit complet peut être de nature mixte. Selon la jurisprudence, les prestations de planification, pour lesquelles un résultat vérifiable est dû, peuvent être appréciées selon les règles du contrat d'entreprise. En revanche, la direction des travaux, la surveillance et la coordination relèvent souvent du droit du mandat (TF 4A_514/2016 consid. 3.1.1). Si la violation du devoir ne concerne que des plans, des erreurs de conception ou le choix des matériaux, la responsabilité peut donc être appréciée selon le droit du contrat d'entreprise (TF 4A_514/2016 consid. 3.1.2).

C'est important, car dans la direction des travaux, c'est avant tout l'exécution diligente qui compte. Selon le droit du mandat, le mandataire répond de la bonne et fidèle exécution du mandat qui lui a été confié (art. 398, al. 2, CO). Les professionnels agissant à titre professionnel doivent informer, conseiller et mettre en garde leurs mandants lorsque des risques identifiables découlent du mandat.

Un arrêt du Tribunal fédéral l'illustre clairement : une architecte était chargée de la direction des travaux. Pendant les travaux, des murs de fondation ont été démolis alors qu'ils devaient être conservés. Le Tribunal fédéral a retenu que les tâches de direction des travaux devaient être appréciées selon le droit du mandat (TF 4A_258/2020 consid. 3.2.1). Dans cette situation concrète, la directrice des travaux aurait dû intervenir contre la démolition prématurée, informer le maître d'ouvrage et élaborer des bases de décision avec lui. Cette omission a été jugée comme une violation du devoir de diligence (TF 4A_258/2020 consid. 3.2.2). En cas d'omission, il convient ensuite de vérifier si le dommage aurait été évité avec une probabilité prépondérante si l'acte omis avait été accompli (TF 4A_258/2020 consid. 3.4.2).

Pour les créateurs et créatrices d'entreprise, cela signifie que pour fonder un bureau d'architectes, il ne suffit pas d'avoir un bon design, il faut aussi des processus rigoureux. Des descriptifs de prestations clairs, des procès-verbaux transparents, des décisions documentées, un contrôle des coûts et des avertissements écrits en cas de risque sont décisifs.

Quel est le rôle de la limitation de responsabilité de la Sàrl ou de la SA ?

Une Sàrl ou une SA réduit le risque commercial personnel, car c'est en principe la société qui répond de ses engagements. Dans le cas de la Sàrl, seule la fortune sociale répond des dettes de la société (art. 794 CO). Dans le cas de la SA, une personne morale distincte est également créée lors de l'inscription au registre du commerce (art. 643, al. 1, CO).

Cette limitation de responsabilité n'est toutefois pas un blanc-seing. Premièrement, la société elle-même continue de répondre pleinement sur sa fortune. Deuxièmement, les organes peuvent être personnellement responsables en cas de manquement à leurs devoirs. Les membres du conseil d'administration et toutes les personnes qui s'occupent de la gestion ou de la liquidation répondent des dommages qu'ils causent en manquant à leurs devoirs de manière intentionnelle ou négligente (art. 754, al. 1, CO). Les règles de responsabilité du droit des actions s'appliquent par analogie à la Sàrl (art. 827 CO).

Troisièmement, la forme juridique ne protège pas automatiquement contre les demandes de responsabilité professionnelle au sens économique. Si votre bureau d'architectes commet une grave erreur de planification ou de direction des travaux, la réclamation à l'encontre de la société peut menacer son existence même. C'est précisément pour cela que la combinaison d'une forme juridique adaptée, de bons contrats et d'une assurance responsabilité civile professionnelle est si importante.

De quels contrats un bureau d'architectes a-t-il besoin ?

Un bureau d'architectes devrait régler ses mandats par écrit. Le contrat doit définir le plus clairement possible les prestations dues. Celles-ci comprennent par exemple l'avant-projet, le projet de construction, la procédure d'autorisation, l'appel d'offres, la planification des coûts, la direction des travaux, le calendrier et le suivi de la réception.

La délimitation des responsabilités est particulièrement importante. Si des planificateurs spécialisés, des ingénieurs, des directions de travaux ou des entrepreneurs sont impliqués, le contrat doit indiquer qui est responsable de quoi. Cela réduit les malentendus et aide, en cas de litige, à attribuer clairement les rôles.

Les indications de coûts doivent également être formulées avec précision. Quiconque estime des coûts doit informer le maître d'ouvrage de la précision de l'estimation et surveiller les coûts en permanence. Si des dépassements potentiels apparaissent, le maître d'ouvrage doit être informé à temps. Ces obligations découlent du devoir de diligence propre au droit du mandat (art. 398, al. 2, CO).

En cas de défauts de l'ouvrage, la prescription est également importante. L'action du maître d'ouvrage en raison des défauts d'un ouvrage immobilier se prescrit par cinq ans à compter de la réception de l'ouvrage contre l'entrepreneur, ainsi que contre l'architecte ou l'ingénieur qui a rendu des services en vue de l'exécution des travaux (art. 371, al. 2, CO). Pour les nouveaux bureaux, il s'agit d'un point important : les risques de responsabilité ne s'arrêtent pas à la fin du projet.

Quelles sont les assurances importantes pour un bureau d'architectes ?

L'assurance la plus importante pour un bureau d'architectes est généralement l'assurance responsabilité civile professionnelle. Elle doit couvrir les dommages pouvant résulter d'erreurs professionnelles, telles que des erreurs de planification, de direction des travaux, un conseil insuffisant ou des omissions d'avertissement. Dans les projets de construction en particulier, de petites erreurs peuvent déjà entraîner des coûts considérables.

Il est important que la police corresponde réellement à l'activité. Un bureau qui ne réalise que des concours et des esquisses court des risques différents de celui qui effectue des plans d'exécution et de la direction de travaux. Quiconque assume la direction des travaux doit veiller tout particulièrement à la couverture des dommages aux constructions, des pertes financières, des sous-traitants et des spécificités liées au projet. Les sommes d'assurance doivent être choisies non seulement en fonction de la prime annuelle, mais aussi du risque réaliste du projet.

Par ailleurs, une assurance responsabilité civile entreprise peut s'avérer utile. Elle concerne plutôt les dommages corporels et matériels classiques découlant de l'exploitation de l'entreprise, par exemple si un client est victime d'un accident dans les bureaux ou si des biens appartenant à des tiers sont endommagés lors d'une visite.

Si vous employez du personnel, les assurances sociales s'y ajoutent. Les salariés doivent être assurés contre les accidents professionnels et non professionnels, dans la mesure où les conditions légales sont remplies. Les indépendants peuvent s'assurer à titre facultatif conformément à la LAA (art. 4, al. 1, LAA). Les indépendants paient en outre des cotisations AVS sur le revenu d'une activité lucrative indépendante (art. 8, al. 1, LAVS). Pour la prévoyance professionnelle, les indépendants peuvent s'affilier volontairement à une institution de prévoyance (art. 44, al. 1, LPP).

Selon la situation, d'autres assurances entrent en ligne de compte, comme l'indemnité journalière en cas de maladie, la protection juridique, la cyber-assurance, la multirisque bureau pour l'inventaire ou une assurance responsabilité civile des dirigeants (D&O) pour la Sàrl et la SA.

Que devez-vous préparer concrètement avant la création ?

Avant de créer votre bureau d'architectes, vous devez d'abord décider si vous vous lancez seul ou avec d'autres. S'il y a plusieurs fondateurs ou fondatrices, une société de capitaux est généralement plus rigoureuse qu'une collaboration informelle, car elle permet de régler les participations, les droits de signature, la répartition du bénéfice et la sortie de la société.

Vous devez ensuite choisir la forme juridique, vérifier le nom, formuler le but et préparer les documents de fondation. Pour la Sàrl et la SA, un acte authentique est requis. La Sàrl est constituée par acte authentique, les fondateurs y fixant les statuts et désignant les organes (art. 777, al. 1, CO). La SA est également constituée par acte authentique (art. 629, al. 1, CO).

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En parallèle, vous devriez clarifier vos contrats types, votre structure d'honoraires, vos conditions générales et vos assurances. Dans le domaine des prestations d'architecture en particulier, il est risqué d'attendre le premier conflit pour parler des compétences, du contrôle des coûts ou de la responsabilité.

Conclusion : il est payant de démarrer sur des bases juridiques saines

Créer un bureau d'architectes est tout à fait réalisable en Suisse. Vous devriez toutefois prendre les décisions juridiques les plus importantes dès le départ. L'entreprise individuelle est simple, mais implique une responsabilité personnelle. La Sàrl offre souvent une bonne combinaison de sérieux, de structure et de limitation de responsabilité. La SA convient plutôt aux bureaux plus grands ou orientés vers la croissance.

Quelle que soit la forme juridique, la responsabilité professionnelle reste centrale. Les prestations d'architecture peuvent engendrer des risques financiers importants, en particulier en matière de planification, de direction des travaux, de contrôle des coûts et d'obligations de mise en garde. Des contrats de qualité, une documentation claire et une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée ne sont pas de simples formalités, mais la base même de votre entreprise.

Questions fréquentes sur la création d'un bureau d'architectes

Ai-je impérativement besoin d'une Sàrl si je veux créer un bureau d'architectes ?

Non. Vous pouvez en principe également vous lancer en tant qu'entreprise individuelle. Une Sàrl est toutefois souvent judicieuse si vous souhaitez réduire le risque de responsabilité privée, avoir une image plus professionnelle ou intégrer plus tard d'autres personnes.

L'assurance responsabilité civile professionnelle est-elle obligatoire pour les bureaux d'architectes ?

L'obligation d'avoir une assurance responsabilité civile professionnelle dépend du contexte concret, par exemple des règles déontologiques, des exigences du projet ou des demandes du maître d'ouvrage. En pratique, elle demeure presque toujours essentielle pour les bureaux d'architectes, car les erreurs de planification et de direction des travaux peuvent entraîner des demandes de dommages-intérêts très élevées.

Quand dois-je inscrire mon entreprise individuelle au registre du commerce ?

Une entreprise individuelle doit en principe être inscrite lorsque le chiffre d'affaires réalisé au cours du dernier exercice s'élève au moins à CHF 100'000. Une exception s'applique aux personnes exerçant une profession libérale, pour autant qu'elles n'exploitent pas une industrie en la forme commerciale (art. 931, al. 1, CO).

Une Sàrl n'est-elle jamais responsable personnellement ?

Pour les engagements de la Sàrl, seule la fortune sociale répond en principe (art. 794 CO). Une responsabilité personnelle peut toutefois survenir, par exemple en cas de violation des devoirs par les organes, et la société elle-même reste responsable des erreurs professionnelles.

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