Que signifie le règlement de succession ?
Un règlement de succession dans une PME signifie que la propriété, la direction ou les deux sont transférées à une nouvelle personne ou à un groupe de personnes. Cela peut se faire au sein de la famille, par la vente aux collaborateurs, par la vente à une acheteuse externe ou par une combinaison de différents modèles.
Il est important de distinguer la propriété de la direction. Parfois, un enfant ou une collaboratrice reprend la direction opérationnelle tandis que la propriétaire actuelle conserve une participation. Dans d'autres cas, la totalité des actions ou des parts sociales est vendue. Enfin, d'autres solutions prévoient le transfert de certaines parties de l'entreprise uniquement.
Dans les PME en particulier, ces niveaux sont souvent étroitement liés. La propriétaire est à la fois directrice, responsable des relations clients, détentrice du savoir-faire et personne de confiance pour les collaborateurs. C'est pourquoi un contrat de vente seul suffit rarement. Une bonne succession nécessite une stratégie claire, une évaluation propre et un plan de transition réaliste.
Transférer ou vendre une entreprise : quelle est la différence ?
Lors d'un transfert, l'accent est souvent mis sur la transmission à une personne de confiance pour la succession. Lors d'une vente, le prix du marché et la transition vers un acheteur ou une acheteuse sont davantage au centre des préoccupations.
Sur le plan juridique, il existe différentes voies. Pour une SA ou une Sàrl, la succession peut se faire par la vente des droits de participation. C'est ce que l'on appelle souvent un Share Deal. Dans ce cas, les actions ou les parts sociales changent de propriétaire, tandis que la société elle-même reste la même.
Alternativement, des actifs individuels, des contrats, des machines, des stocks, des droits de marque ou des parties d'entreprise peuvent être transférés. C'est ce que l'on appelle souvent un Asset Deal. Pour les sociétés et les entreprises individuelles inscrites au registre du commerce, un transfert de patrimoine selon la loi sur la fusion (LFus) entre également en ligne de compte. Le patrimoine ou des parties de celui-ci peuvent ainsi être transférés avec actifs et passifs à un autre sujet de droit (art. 69, al. 1, LFus). Le contrat de transfert doit notamment contenir un inventaire des actifs et des passifs à transférer, ainsi qu'une liste des rapports de travail qui passent à l'acquéreur (art. 71, al. 1, LFus). Le transfert de patrimoine prend effet juridiquement lors de son inscription au registre du commerce (art. 73, al. 2, LFus).
Pour les non-initiés, la règle empirique est simple. Lors d'un Share Deal, l'entreprise est vendue en tant que sujet de droit. Lors d'un Asset Deal, des composantes sélectionnées de l'entreprise sont transférées.
Quelle forme de succession convient à votre PME ?
La forme de succession appropriée dépend de la personne qui doit reprendre l'entreprise, de la manière dont celle-ci est structurée et des objectifs que vous poursuivez. Une transmission au sein de la famille s'impose souvent lorsqu'une personne appropriée et motivée est disponible pour la succession. Elle peut être structurée sous forme de vente, de donation, d'avancement d'hoirie ou de solution mixte.
Une vente aux collaborateurs, souvent appelée rachat d'entreprise par les cadres (Management-Buy-out), peut particulièrement bien fonctionner lorsque le savoir-faire opérationnel est déjà présent en interne. Les acheteurs connaissent les clients, les processus et la culture. Parallèlement, le financement est souvent exigeant, car les collaborateurs ne peuvent pas toujours payer immédiatement le prix d'achat.
Une vente à des acheteuse externes, à des investisseurs ou à des concurrents peut être attractive sur le plan financier. En contrepartie, les exigences en matière de préparation, de confidentialité, d'évaluation et de négociation de contrats augmentent. Le Tribunal fédéral décrit typiquement les transactions de fusions et acquisitions (M&A) comme un processus en plusieurs étapes comprenant la préparation, la recherche, la négociation y compris la Due Diligence, la signature (Signing), la clôture (Closing) puis l'intégration (TF 9C_154/2023 consid. 3.2.1).
Pour le règlement de succession dans une PME, le prix d'achat n'est donc pas le seul facteur décisif. La poursuite de l'exploitation, le financement, les conséquences fiscales et la question de savoir si les nouveaux propriétaires conviennent à l'entreprise sont tout aussi importants.
Share Deal : quand la vente de parts est-elle judicieuse ?
Un Share Deal s'impose particulièrement lorsque votre entreprise est gérée sous forme de SA ou de Sàrl et que l'acheteuse doit reprendre la société dans son ensemble. Les contrats, les autorisations, les rapports de travail et les relations d'affaires restent en principe au sein de la même société, car seule la position de propriétaire change.
Dans une SA, les actions nominatives sont en principe librement transmissibles, à moins que la loi ou les statuts n'en disposent autrement (art. 684, al. 1, CO). Dans de nombreuses SA de type PME, il existe toutefois des restrictions statutaires à la transmissibilité. Pour les actions nominatives non cotées en bourse, la société peut refuser l'approbation du transfert pour un motif important prévu par les statuts ou si elle propose de reprendre les actions à leur valeur réelle (art. 685b, al. 1, CO). De telles règles sont particulièrement importantes dans les sociétés familiales ou les entreprises ayant un cercle d'actionnaires restreint.
Pour une Sàrl, le transfert est plus formel. La cession de parts sociales et l'obligation de céder doivent être faites par écrit (art. 785, al. 1, CO). De plus, la cession requiert en principe l'approbation de l'assemblée des associés (art. 786, al. 1, CO). Si cette approbation est nécessaire, la cession ne produit ses effets juridiques qu'une fois l'approbation donnée (art. 787, al. 1, CO).
Quiconque souhaite vendre une Sàrl ou une SA devrait donc examiner très tôt les statuts, les conventions d'actionnaires, les accords d'associés et les données du registre du commerce. Sinon, une succession apparemment simple peut échouer en raison d'une clause d'approbation, d'un droit de préemption ou d'une règle d'évaluation peu claire.
Asset Deal : quand le transfert de certaines parties d'entreprise est-il judicieuse ?
Un Asset Deal est judicieux lorsque la société ne doit pas être vendue dans sa totalité ou que des actifs et passifs spécifiques doivent être transférés de manière ciblée. Cela peut être pertinent dans le cas d'une entreprise individuelle, de la scission d'un secteur d'activité ou de la préparation d'une succession ultérieure.
L'avantage réside dans le choix sélectif. L'acheteuse ne reprend que ce qui est convenu par contrat. Cela permet de limiter les risques, par exemple si d'anciens engagements, des actifs non nécessaires à l'exploitation ou des éléments privés ne doivent pas être transférés.
L'inconvénient réside dans la complexité. Les actifs individuels doivent être identifiés et transférés. Selon la situation, les contrats requièrent le consentement des partenaires contractuels. Pour les entreprises inscrites au registre du commerce, le transfert de patrimoine selon la loi sur la fusion peut s'avérer utile, car les actifs et passifs figurant dans l'inventaire sont transférés de plein droit dès l'inscription au registre du commerce (art. 73, al. 2, LFus).
Si une entreprise ou une partie d'entreprise est transférée, une attention particulière doit être accordée aux collaborateurs. Si l'employeur transfère l'entreprise ou une partie de celle-ci à un tiers, les rapports de travail passent à l'acquéreur avec tous les droits et obligations qui en découlent, à moins que les travailleurs ne s'y opposent (art. 333, al. 1, CO). Selon la jurisprudence, l'important est de savoir si une entité organisée conserve pour l'essentiel son identité et si la même activité commerciale ou une activité similaire est poursuivie (TF 4C.316/2002 consid. 2.1).
En outre, les travailleurs doivent être informés en temps utile du motif du transfert ainsi que de ses conséquences juridiques, économiques et sociales (art. 333a, al. 1, CO). Si des mesures touchant les collaborateurs sont envisagées, ceux-ci ou leur représentation doivent être consultés en temps utile (art. 333a, al. 2, CO).
Quel rôle jouent les impôts dans la succession d'une PME ?
Les impôts peuvent fortement influencer la structure de la succession. En ce qui concerne l'impôt fédéral direct, les gains en capital réalisés sur l'aliénation d'éléments de la fortune privée sont exonérés d'impôt (art. 16, al. 3, LIFD). Cela peut jouer un rôle majeur lors de la vente d'actions ou de parts sociales détenues à titre privé.
La situation peut être différente lorsqu'une entreprise individuelle vend des actifs ou lorsque des réserves latentes sont réalisées. Le droit fiscal contient des règles particulières pour les restructurations. Les réserves latentes d'une entreprise de personnes ne sont pas imposées lors de certaines restructurations, à condition que l'assujettissement à l'impôt subsiste en Suisse et que les valeurs déterminantes pour l'impôt sur le rendement soient reprises (art. 19, al. 1, LIFD). En cas de transfert d'une exploitation ou d'une partie d'exploitation à une personne morale, il existe en outre un délai de blocage de cinq ans qui peut être pertinent en cas d'aliénation ultérieure (art. 19, al. 2, LIFD).
Pour les personnes morales également, les réserves latentes peuvent être transférées de manière fiscalement neutre lors de certaines restructurations si les conditions légales sont remplies (art. 61, al. 1, LIFD). Pour certains transferts, une aliénation ultérieure dans un délai de cinq ans peut entraîner une imposition ultérieure (art. 61, al. 2, LIFD).
Pour le règlement de succession dans une PME, cela signifie : la meilleure solution juridique n'est pas automatiquement la meilleure solution fiscale. Et la solution fiscalement attractive n'est pas automatiquement praticable pour l'acheteur, la famille ou les collaborateurs. C'est pourquoi la structure doit être définie tôt et coordonnée avec l'évaluation, le financement et le contrat.
Comment préparer votre PME à la transmission ?
Une bonne succession commence bien avant la conclusion du contrat. La première étape consiste à faire un bilan de situation honnête. Quel rôle voulez-vous encore jouer après la transition ? Le nom de l'entreprise doit-il subsister ? Les emplois sont-ils plus importants que le prix maximal ? Y a-t-il des membres de la famille qui doivent être traités sur un pied d'égalité ? Existe-t-il d'autres associés, des droits de préemption ou des dispositions statutaires bloquantes ?
Vient ensuite la capacité de l'entreprise à être transmise. Cela englobe une comptabilité propre, des contrats clairs, des processus documentés, des relations clients solides, la protection des marques et du savoir-faire ainsi qu'une direction qui ne dépend pas entièrement d'une seule personne. Moins l'entreprise dépend de son propriétaire actuel, plus elle est facile à transférer ou à vendre.
Durant la phase de vente, l'évaluation, le mémorandum d'information, les accords de confidentialité, la Due Diligence, le contrat d'achat et le plan de transition deviennent essentiels. Pour les plus petites PME, ce processus peut être plus allégé que pour les grandes transactions. Cependant, la logique fondamentale reste la même : les acheteurs veulent savoir ce qu'ils achètent, quels sont les risques existants et comment l'entreprise continuera de fonctionner après la reprise.
Conclusion : La meilleure succession est planifiée, pas improvisée
Le règlement de succession dans une PME n'est pas un contrat unique, mais un processus. Que vous transfériez l'entreprise à un membre de la famille, que vous la vendiez à des collaborateurs ou que vous l'aliéniez à des acheteurs externes dépend de vos objectifs, de la forme juridique, du financement et de l'avenir de l'entreprise.
La décision la plus importante est la structure. Lors d'un Share Deal, les droits de participation changent de mains. Lors d'un Asset Deal ou d'un transfert de patrimoine, ce sont des éléments d'actifs, de passifs ou des parties d'entreprise spécifiques qui sont transférés. Ce choix influence les contrats, les collaborateurs, les impôts, la responsabilité et la transition pratique.
Planifier tôt permet de gagner une marge de manœuvre. Attendre d'être sous la pression du temps fait souvent perdre des acheteurs, de la valeur et du pouvoir de négociation. Une bonne succession protège donc non seulement le prix de vente, mais aussi l'entreprise elle-même.
Questions fréquentes sur le règlement de succession dans les PME
Quand devrais-je commencer la planification de la succession ?
Idéalement, plusieurs années avant la transmission prévue. Plus vous commencez tôt, mieux vous pouvez optimiser la forme juridique, les impôts, les contrats, l'évaluation et les dépendances opérationnelles.
Un Share Deal est-il toujours préférable à un Asset Deal ?
Non. Un Share Deal est souvent plus simple lorsqu'une SA ou une Sàrl est vendue dans son ensemble. Un Asset Deal peut s'avérer plus judicieux lorsque seules certaines parties de l'entreprise doivent être transférées ou lorsque des risques spécifiques doivent être exclus.
Qu'advient-il des collaborateurs en cas de transfert d'entreprise ?
Si une entreprise ou une partie d'entreprise est transférée à un tiers, les rapports de travail passent en principe avec tous les droits et obligations, à moins que les collaborateurs ne s'opposent au transfert (art. 333, al. 1, CO).
La succession doit-elle obligatoirement se faire au sein de la famille ?
Non. Outre la transmission au sein de la famille, une vente aux collaborateurs, une vente à des acheteurs externes, un Management-Buy-in ou une reprise stratégique par une autre entreprise sont tout à fait envisageables.




