Quelle forme juridique convient à une entreprise artisanale ?
Pour de nombreux créateurs et créatrices d'entreprise dans l'artisanat, l'entreprise individuelle est l'entrée en matière la plus simple. Une Sàrl est judicieuse si tu souhaites limiter plus clairement ton risque de responsabilité de manière à fonder l'entreprise avec des partenaires ou à apparaître de manière plus professionnelle vis-à-vis de l'extérieur.
L'entreprise individuelle est rapidement créée et ne nécessite pas de capital minimum. Elle convient particulièrement si tu débutes seul, si tu veux maintenir les coûts de départ bas et si ton risque personnel reste gérable. Il est toutefois important de noter que l'entreprise individuelle n'est pas une personne morale distincte sur le plan juridique. C'est toi-même qui exploites l'activité. Cela signifie que tu réponds également personnellement des dettes et des erreurs commerciales.
Dès un chiffre d'affaires annuel d'au moins CHF 100'000, tu dois faire inscrire ton entreprise individuelle au registre du commerce du lieu de l'établissement (art. 931 al. 1 CO). En dessous de ce seuil, l'inscription est facultative (art. 931 al. 3 CO). De plus, la raison de commerce d'une entreprise individuelle doit contenir ton nom de famille (art. 945 al. 1 CO). Une désignation comme « Alpenbau » seule ne suffit donc pas. En revanche, « Meier Alpenbau » peut être admissible.
La Sàrl est plus formelle et plus coûteuse, mais elle offre une structure juridique claire. Pour les engagements, seule la fortune sociale est en principe engagée (art. 772 al. 1 CO). Le capital social doit s'élever au moins à CHF 20'000 (art. 773 al. 1 CO). La constitution se fait par acte authentique, statuts et désignation des organes (art. 777 CO). Ce n'est qu'avec l'inscription au registre du commerce que la Sàrl acquiert sa propre personnalité juridique (art. 779 al. 1 CO).
Si tu lances donc seul une petite entreprise de peinture, de menuiserie, d'installations sanitaires, d'électricité ou de paysagisme, l'entreprise individuelle est souvent la première étape pragmatique. Si tu acceptes des projets plus importants, emploies du personnel, travailles avec des valeurs de matériaux élevées ou souhaites mieux protéger ta fortune privée, de nombreux arguments plaident en faveur d'une Sàrl.
Quand devez-vous inscrire votre entreprise artisanale ?
Une entreprise individuelle doit être inscrite au registre du commerce dès qu'elle a réalisé un chiffre d'affaires d'au moins CHF 100'000 au cours du dernier exercice. Une Sàrl doit quant à elle toujours être inscrite au registre du commerce.
L'inscription au registre du commerce est plus qu'une simple formalité. Elle rend ton entreprise plus visible, crée de la confiance et peut être importante pour les banques, les fournisseurs ou les donneurs d'ordre importants. Dans le cas de l'entreprise individuelle, ce n'est toutefois pas l'inscription qui déclenche l'existence de l'entreprise. En principe, tu peux exercer ton activité avant, tant qu'il n'y a pas d'obligation d'inscription.
Il en va autrement pour la Sàrl. Elle ne naît en tant qu'entité juridique propre qu'au moment de son inscription au registre du commerce (art. 779 al. 1 CO). La société doit être inscrite au registre du commerce du lieu de son siège (art. 778 CO).
En pratique, cela signifie que si tu commences à petite échelle en tant qu'artisan indépendant, tu peux d'abord accepter des mandats, rédiger des factures et t'affilier en tant qu'indépendant auprès de la caisse de compensation. Si tu crées une Sàrl, tu dois finaliser proprement la constitution avant d'agir sous le nom de la Sàrl.
De quelles assurances as-tu besoin pour démarrer ?
Si tu es indépendant, tu dois planifier sciemment ta protection personnelle. Dès que tu emploies du personnel, des obligations d'assurance légales supplémentaires s'y ajoutent.
En tant que personne indépendante, tu réalises un revenu provenant d'une activité lucrative indépendante lorsque tu obtiens des revenus d'une exploitation commerciale ou d'une autre activité indépendante en position d'indépendant (art. 17 RAVS). La LAVS définit les revenus d'une activité lucrative indépendante comme des revenus professionnels qui ne constituent pas la rémunération d'un travail en position de salarié (art. 9 al. 1 LAVS). Dans la pratique, tu dois faire reconnaître ton statut d'indépendant par la caisse de compensation compétente. Pour ce faire, des offres, des factures, des contrats, une présence sur le marché propre ou des attestations d'assurance peuvent par exemple être importants.
Pour toi-même, l'AVS, l'AI et l'APG sont particulièrement centrales. La prévoyance professionnelle n'est pas obligatoirement obligatoire pour les personnes exerçant une activité lucrative indépendante. Tu peux toutefois t'affilier volontairement à une institution de prévoyance, par exemple celle de ta profession ou de tes salariés (art. 44 al. 1 LPP). Si tu ne peux pas t'affilier à une telle institution, il est possible de t'assurer auprès de l'institution supplétive (art. 44 al. 2 LPP).
La distinction est particulièrement importante en ce qui concerne l'assurance-accidents. Sont assurés obligatoirement contre les accidents selon la LAA les travailleurs occupés en Suisse (art. 1a al. 1 let. a LAA). Les personnes exerçant une activité lucrative indépendante domiciliées en Suisse peuvent s'assurer à titre facultatif (art. 4 al. 1 LAA). Dans l'artisanat précisément, c'est plus qu'un détail. Un accident peut rapidement entraîner une perte de gain prolongée.
Si tu embauches des collaborateurs, tu dois les déclarer correctement au niveau des assurances sociales. Pour les salariés, la prévoyance professionnelle obligatoire s'applique en outre s'ils ont dépassé l'âge de 17 ans et réalisent auprès d'un employeur un salaire annuel supérieur à CHF 22'680 (art. 2 al. 1 LPP). L'assurance-accidents obligatoire doit également être organisée à ce moment-là (art. 1a al. 1 let. a LAA).
Outre les assurances de personnes, tu devrais particulièrement penser à la responsabilité civile d'entreprise dans l'artisanat. Elle n'est pas obligatoirement prescrite de manière générale par le droit fédéral dans tous les cas, mais elle peut être existentielle. Si tu causes un dégât d'eau chez le client, endommages une conduite ou qu'un composant monté est défectueux, le dommage peut rapidement être supérieur à ton budget de départ.
Comment organiser correctement la comptabilité ?
Une comptabilité propre est importante dès le premier mandat. Pour les entreprises individuelles, l'étendue dépend du montant du chiffre d'affaires ; pour les Sàrl, l'obligation de tenir une comptabilité et de présenter des comptes s'applique indépendamment du chiffre d'affaires.
Les entreprises individuelles et les sociétés de personnes qui ont réalisé un chiffre d'affaires d'au moins CHF 500'000 au cours du dernier exercice sont soumises à l'obligation de tenir une comptabilité et de présenter des comptes (art. 957 al. 1 ch. 1 CO). Les personnes morales, donc en particulier la Sàrl et la SA, sont quant à elles toujours tenues de tenir une comptabilité et de présenter des comptes (art. 957 al. 1 ch. 2 CO).
Si ton entreprise individuelle réalise un chiffre d'affaires inférieur à CHF 500'000, tu n'es pas obligé de tenir une comptabilité double complète. Tu dois toutefois au moins enregistrer les recettes, les dépenses et la situation patrimoniale (art. 957 al. 2 ch. 1 CO). Cette comptabilité simplifiée doit également respecter par analogie les principes d'une comptabilité régulière (art. 957 al. 3 CO). En pratique, cela signifie qu'il ne faut pas avoir une boîte à chaussures pleine de justificatifs à la fin de l'année, mais un classement régulier et compréhensible.
La comptabilité doit enregistrer les transactions de manière complète, fidèle à la réalité et systématique. De plus, il faut des pièces justificatives pour chaque écriture, de la clarté, de l'adéquation et de la vérifiabilité (art. 957a al. 2 CO). Les livres de commerce et les pièces comptables doivent être conservés pendant dix ans (art. 958f al. 1 CO).
Les entreprises artisanales ont justement souvent des achats de matériel, des acomptes, des paiements en espèces, des frais de véhicule et des dépenses liées aux projets. C'est pourquoi un compte commercial séparé vaut la peine dès le premier jour. Si tu acceptes de l'argent liquide ou paies en espèces, tu devrais documenter cela avec un soin tout particulier. Le Tribunal fédéral a souligné que même pour les petites entreprises indépendantes, des enregistrements rapides sont nécessaires et qu'un livre de caisse peut être essentiel pour les entreprises à forte intensité d'espèces (Arrêt du TF 2C_839/2016 consid. 5.2).
Une comptabilité numérique n'est donc pas seulement pratique. Elle t'aide à regrouper proprement les offres, les factures, les pièces justificatives et les paiements. Si tu as besoin d'aide pour la comptabilité, Jurata se tient à ta disposition pour t'aider à tout moment.
Quand deviens-tu assujetti à la TVAs ?
Une entreprise artisanale devient en principe assujettie à la TVA si elle ne bénéficie pas de la libération de l'assujettissement. Le seuil le plus important se situe à CHF 100'000 de chiffre d'affaires par an.
Est assujetti à la TVA quiconque exploite une entreprise indépendamment de la forme juridique, du but et de l'intention de réaliser un gain, réalise des prestations sur le territoire suisse ou a son siège, son domicile ou un établissement stable en Suisse (art. 10 al. 1 LTVA). Exploite une entreprise quiconque exerce de manière indépendante une activité professionnelle ou commerciale durable en vue de réaliser des recettes et agit vers l'extérieur sous son propre nom (art. 10 al. 1bis LTVA).
Est libéré de l'assujettissement quiconque réalise en l'espace d'un an, sur le territoire suisse et à l'étranger, un chiffre d'affaires inférieur à CHF 100'000 provenant de prestations imposables (art. 10 al. 2 let. a LTVA). Pour les entreprises ayant leur siège, leur domicile ou un établissement stable en Suisse, l'assujettissement commence en principe avec le début de l'activité entrepreneuriale (art. 14 al. 1 let. a LTVA). La libération de l'assujettissement prend fin dès que le seuil de chiffre d'affaires est atteint ou qu'il est prévisible qu'il sera dépassé dans les douze mois suivant le début ou l'extension de l'activité (art. 14 al. 3 LTVA).
Pour les entreprises artisanales, la TVA est particulièrement pertinente, car du matériel est souvent acheté. Quiconque est assujetti à la TVA peut, dans les conditions prévues par la loi, récupérer l'impôt préalable. Le fait de s'assujettir volontairement à la TVA dépend donc de tes clients, de tes investissements et de ton calcul de prix.
Que devez-vous régler avant le premier mandat ?
Avant de créer ton entreprise artisanale et d'accepter activement des mandats, tu dois choisir ta forme juridique, déclarer l'activité indépendante, examiner les assurances, mettre en place la comptabilité et garder un œil sur la TVA.
Le démarrage sera nettement plus simple si tu n'as pas à corriger ces points après coup. Choisis d'abord la forme juridique. Ensuite, clarifie le nom de l'entreprise, l'inscription au registre du commerce et l'affiliation auprès de la caisse de compensation. Parallèlement, tu devrais examiner les assurances, en particulier l'accident, l'indemnité journalière en cas de maladie, la responsabilité civile d'entreprise, le véhicule, les outils et les machines.
Ouvre également un compte commercial et opte pour un système comptable. Définis comment tu crées les offres, numérotes les factures, enregistres les pièces justificatives et contrôles les paiements. Si tu veux employer des collaborateurs, planifie en plus la comptabilité des salaires, les assurances sociales, l'assurance-accidents et, le cas échéant, la prévoyance professionnelle.
Un bon départ dans l'artisanat n'est pas seulement une question de carnet de commandes. Il détermine également si tu porteras plus tard des risques inutiles en matière d'impôts, d'assurances ou de questions de responsabilité.
Questions fréquentes sur l'entreprise artisanale en Suisse
Puis-je lancer une entreprise artisanale sans inscription au registre du commerce ?
Oui, c'est possible en tant qu'entreprise individuelle, tant qu'il n'y a pas encore d'obligation d'inscription. Une entreprise individuelle ne doit être inscrite au registre du commerce qu'à partir d'un chiffre d'affaires d'au moins CHF 100'000 au cours du dernier exercice (art. 931 al. 1 CO). L'inscription facultative est toutefois possible plus tôt (art. 931 al. 3 CO).
Une Sàrl est-elle toujours préférable à une entreprise individuelle pour les artisans ?
Non. Une Sàrl offre une structure de responsabilité plus claire, car en principe, seule la fortune sociale répond des dettes (art. 772 al. 1 CO). En contrepartie, elle nécessite au moins CHF 20'000 de capital social (art. 773 al. 1 CO) et une constitution formelle. Pour les lancements de petite taille et à faible risque, une entreprise individuelle peut être plus simple.
Dois-je obligatoirement avoir une assurance-accidents en tant qu'artisan indépendant ?
Pour les personnes exerçant une activité lucrative indépendante, l'assurance-accidents n'est pas automatiquement obligatoire. Elles peuvent toutefois s'assurer à titre facultatif (art. 4 al. 1 LAA). Dès que tu emploies des collaborateurs, ceux-ci sont assurés obligatoirement contre les accidents (art. 1a al. 1 let. a LAA).
Une comptabilité simple suffit-elle pour une entreprise individuelle ?
Oui, si le chiffre d'affaires est inférieur à CHF 500'000. Une comptabilité des recettes, des dépenses et de la situation patrimoniale suffit alors (art. 957 al. 2 ch. 1 CO). Néanmoins, les transactions commerciales doivent être documentées de manière véridique, systématique et sur la base de pièces justificatives (art. 957 al. 3 CO, art. 957a al. 2 CO).




