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Créer une entreprise de e-commerce : ce qui compte sur le plan juridique

Forme juridique, registre du commerce, CGV, protection des données et obligations relatives aux boutiques en ligne expliqués simplement.

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Créer une entreprise de commerce électronique semble technique au premier abord. Vous avez besoin d'une boutique, de produits, d'un prestataire de services de paiement, d'une solution d'expédition et de marketing. Sur le plan juridique, cependant, il y a bien plus en jeu. Dès que vous vendez des marchandises ou des services en ligne, vous concluez des contrats, traitez des données clients, faites de la publicité pour des offres et vous présentez comme fournisseur auprès de vos clientes et clients.

Quelle forme juridique convient à une entreprise d'e-commerce ?

La forme juridique appropriée dépend de l'envergure de votre projet, du niveau de risque que vous assumez et du fait que vous vous lanciez seul ou à plusieurs.

Pour de nombreuses petites boutiques, l'aventure commence par une entreprise individuelle. Cette forme juridique est simple, peu coûteuse et rapide à mettre en place. Elle convient particulièrement si vous démarrez seul, si votre risque financier est maîtrisé et si vous souhaitez d'abord tester la viabilité de votre modèle d'affaires. Attention toutefois : dans le cas d'une entreprise individuelle, vous êtes en principe responsable sur vos biens propres. Ainsi, si des créances résultant de problèmes de livraison, de responsabilité du fait des produits, de baux commerciaux, d'abonnements ou d'autres obligations surviennent, votre patrimoine privé peut être impacté.

Une entreprise individuelle doit être inscrite au registre du commerce si elle a réalisé un chiffre d'affaires annuel d'au moins CHF 100'000 au cours du dernier exercice (art. 931, al. 1, CO). En dessous de ce seuil, l'inscription est facultative (art. 931, al. 3, CO). Dans le domaine de l'e-commerce en particulier, une inscription facultative peut s'avérer judicieuse, car elle renforce le professionnalisme de l'entreprise vis-à-vis des prestataires de services de paiement, des fournisseurs et de la clientèle.

La Sàrl est souvent la forme juridique la plus prisée pour les projets d'e-commerce sérieux. Elle requiert un capital social d'au moins CHF 20'000 (art. 773, al. 1, CO). La Sàrl n'existe juridiquement qu'à partir de son inscription au registre du commerce (art. 779, al. 1, CO). Elle constitue une personne morale distincte, ce qui renforce la séparation entre l'entreprise et la sphère privée. Cela s'avère particulièrement pertinent si vous constituez des stocks, engagez des budgets publicitaires conséquents, collaborez avec plusieurs fournisseurs ou fondez l'entreprise avec des associés.

La SA convient quant à elle plutôt aux projets d'envergure ou orientés vers la croissance. Elle requiert un capital-actions d'au moins CHF 100'000 (art. 621, al. 1, CO). Lors de la constitution, un montant minimal de CHF 50'000 doit être libéré (art. 632, al. 2, CO). La SA est judicieuse lorsque l'intégration d'investisseurs, des prises de participation ou une séparation claire entre la propriété et la direction opérationnelle sont planifiées.

Quiconque souhaite fonder une entreprise d'e-commerce ne doit donc pas choisir sa forme juridique uniquement en fonction des coûts de création. La responsabilité, l'image de marque, les besoins en capitaux, la comptabilité et les perspectives de croissance sont des critères déterminants.

Quelles sont les implications de la forme juridique sur la comptabilité et l'administration ?

La forme juridique influence directement la charge administrative qui vous incombe.

Les entreprises individuelles et les sociétés de personnes dont le chiffre d'affaires est inférieur à CHF 500'000 doivent uniquement tenir une comptabilité des recettes et des dépenses ainsi que du patrimoine (art. 957, al. 2, CO). À partir d'un chiffre d'affaires de CHF 500'000, elles sont soumises à l'obligation ordinaire de tenir une comptabilité et de présenter des comptes (art. 957, al. 1, ch. 1, CO). Les personnes morales, à savoir notamment les Sàrl et les SA, sont quant à elles soumises à l'obligation de tenir une comptabilité quel que soit leur chiffre d'affaires (art. 957, al. 1, ch. 2, CO).

Pour une boutique en ligne, la comptabilité n'est pas une simple corvée administrative. Elle constitue le fondement de l'évaluation des stocks, des marges, des retours, du rapprochement des paiements, de la TVA et de la planification des liquidités. En particulier avec des plateformes comme Shopify, WooCommerce ou des places de marché impliquant plusieurs prestataires de services de paiement, il est payant de configurer proprement la comptabilité et le système de boutique dès le départ.

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Une boutique en ligne a-t-elle besoin de CGV ?

En Suisse, les CGV ne sont pas expressément obligatoires pour toutes les boutiques en ligne. Dans la pratique, elles s'avèrent toutefois presque indispensables.

Les CGV définissent les règles applicables lors de l'achat. Elles couvrent la commande, le paiement, la livraison, la réserve de propriété, les retours, la garantie, les bons d'achat, les codes promotionnels, le compte client, la responsabilité, le droit applicable et le forum juridique. En l'absence de CGV, ce sont les dispositions légales qui s'appliquent. Bien que cette option ne soit pas toujours mauvaise, elle s'avère souvent trop imprécise pour le commerce électronique.

Il est essentiel que les CGV soient accessibles avant la conclusion du contrat et qu'elles soient valablement intégrées. Pratiquement, cela signifie que la cliente ou le client doit pouvoir lire les CGV avant d'envoyer sa commande et les accepter de manière active. Un lien bien visible lors du processus de paiement (checkout) et une case à cocher sont donc particulièrement judicieux.

Toutefois, les CGV ne peuvent pas être rédigées de manière arbitrairement stricte. Agit de façon déloyale celui qui utilise des conditions générales de vente qui, de manière à induire en erreur ou au mépris des règles de la bonne foi, prévoient, au détriment des consommateurs, une disproportion notable et injustifiée entre les droits et les obligations découlant du contrat (art. 8 LCD). Les exclusions de responsabilité générales, les clauses de modification unilatérales abusives, les règles de retour imprécises ou les coûts imprévus s'avèrent particulièrement problématiques.

Une bonne clause de CGV n'est pas la plus sévère possible, mais la plus claire possible. Elle prévient les litiges, instaure une relation de confiance et s'adapte au fonctionnement réel de votre boutique.

Existe-t-il un droit de retour dans le commerce en ligne en Suisse ?

En Suisse, il n'existe pas de droit de retour légal général du simple fait qu'un achat a été conclu en ligne.

Ce point surprend de nombreux créateurs d'entreprise habitués au droit de rétractation de l'UE. S'il existe certes dans le droit suisse des règles de révocation pour les contrats conclus à domicile et autres contrats similaires (art. 40a CO, art. 40d CO, art. 40e CO), un achat classique dans une boutique en ligne n'y est pas automatiquement soumis.

Par conséquent, si vous souhaitez autoriser les retours, vous devez définir clairement leurs modalités dans vos CGV. Vous pouvez par exemple stipuler le délai durant lequel les retours sont autorisés, l'état dans lequel la marchandise doit se trouver, qui prend en charge les frais de retour et quels produits sont exclus de cette possibilité. Une attention particulière s'impose concernant les articles d'hygiène, les produits personnalisés, les contenus numériques ou les denrées périssables.

Du point de vue de la clientèle, l'octroi d'un droit de retour facultatif peut stimuler les ventes. Sur le plan juridique, il convient toutefois de le formuler avec soin pour ne pas promettre par mégarde plus que ce que vous pouvez assumer financièrement.

Quelles sont les obligations d'information applicables au commerce électronique ?

Toute personne qui vend en ligne se doit d'être transparente. Dans le cadre d'offres en commerce électronique, la LCD exige notamment d'indiquer de manière claire et complète son identité et son adresse de contact, y compris son adresse de courrier électronique (art. 3, al. 1, let. s, ch. 1, LCD).

En outre, votre boutique doit indiquer les différentes étapes techniques qui mènent à la conclusion du contrat (art. 3, al. 1, let. s, ch. 2, LCD). Les clientes et les clients doivent disposer d'outils techniques appropriés leur permettant de détecter et de corriger les erreurs de saisie avant l'envoi de la commande (art. 3, al. 1, let. s, ch. 3, LCD). Une fois la commande passée, vous devez confirmer celle-ci sans délai par voie électronique (art. 3, al. 1, let. s, ch. 4, LCD).

En pratique, cela signifie que votre processus de paiement doit être clair et compréhensible. Avant de cliquer sur « Commande avec obligation de paiement », le produit, la quantité, le prix, les frais de livraison, l'adresse de livraison et le mode de paiement doivent pouvoir être vérifiés une dernière fois. Suite à l'achat, une confirmation de commande doit automatiquement être envoyée par e-mail.

Les mentions légales (Impressum) s'avèrent également cruciales pour une boutique en ligne. Elles doivent comporter au minimum la raison sociale ou le nom, l'adresse physique ainsi que l'adresse de contact électronique. Pour les personnes morales, la raison sociale doit correspondre à l'inscription au registre du commerce. Lorsque l'on souhaite fonder une entreprise d'e-commerce et afficher un profil professionnel, des mentions légales transparentes ne sont pas seulement obligatoires, elles constituent aussi un gage de confiance.

Comment les prix doivent-ils être indiqués dans la boutique en ligne ?

Les prix doivent être clairs et transparents pour les consommateurs. Selon l'ordonnance sur l'indication des prix, le prix effectif doit inclure les taxes publiques non révocables et les suppléments non optionnels (art. 4, al. 1, OIP). Les frais de livraison peuvent quant à eux être indiqués séparément (art. 4, al. 1, OIP).

Dans la pratique, cela signifie que les suppléments masqués apparaissant à la dernière étape du processus de paiement sont risqués. Si des frais obligatoires s'appliquent, ils doivent être visibles de manière claire et précoce. Les frais d'expédition, les suppléments de livraison ou les frais pour petites quantités doivent être précisés de manière transparente avant que la clientèle ne finalise sa commande.

Les campagnes de rabais doivent de même être présentées de façon rigoureuse. Les personnes qui recourent à des prix barrés, à des offres Black Friday ou à des promotions limitées dans le temps doivent s'assurer que leurs indications n'induisent pas en erreur sur les prix, les marchandises ou les relations d'affaires (art. 3, al. 1, let. b, LCD).

Quels sont les points de vigilance concernant la protection des données ?

Une boutique en ligne traite presque toujours des données personnelles. Ces dernières comprennent les noms, adresses, adresses e-mail, numéros de téléphone, informations de paiement, historique des commandes, adresses IP, données de suivi et, dans certains cas, les demandes d'assistance.

La loi sur la protection des données exige que les personnes concernées soient informées de manière appropriée sur la collecte de données personnelles (art. 19, al. 1, LPD). Les informations minimales à fournir concernent l'identité et les coordonnées du responsable du traitement, la finalité du traitement et, le cas échéant, les destinataires ou les catégories de destinataires auxquels des données personnelles sont communiquées (art. 19, al. 2, LPD). En cas de communication de données personnelles à l'étranger, l'État ou l'organisme international ainsi que, le cas échéant, les garanties ou les exceptions doivent également être mentionnés (art. 19, al. 4, LPD).

Votre déclaration de protection des données ne doit donc pas être générique. Elle doit correspondre précisément à la réalité de votre boutique. Si vous recourez à des prestataires de paiement, des transporteurs, des outils de newsletter, d'analyse, des plug-ins de réseaux sociaux, des plateformes d'avis ou des systèmes de stockage cloud, ces éléments doivent y être représentés de manière propre.

En outre, la protection des données ne se résume pas au texte inséré en bas de page. Dès la planification, les responsables du traitement doivent concevoir les traitements de données sur les plans technique et organisationnel de manière à respecter les dispositions relatives à la protection des données (art. 7, al. 1, LPD). Les mesures doivent notamment être adaptées à l'état de la technique, à l'importance du traitement des données et au risque (art. 7, al. 2, LPD). De plus, des préréglages appropriés doivent garantir que le traitement des données personnelles est limité au minimum requis par la finalité poursuivie, à moins que la personne concernée n'en décide autrement (art. 7, al. 3, LPD).

Pour une entreprise d'e-commerce, cela signifie : ne collectez pas plus de données que nécessaire. Sécurisez techniquement la boutique. Utilisez des mots de passe robustes, des droits d'accès précis, des connexions chiffrées et des prestataires sérieux. Vérifiez également si des données sont transférées vers des pays situés en dehors de la Suisse.

Dans quels cas le droit européen s'applique-t-il également ?

Si vous vendez exclusivement en Suisse, c'est en principe le droit suisse qui s'applique. Dès lors que vous ciblez activement des clients au sein de l'Union européenne, le droit européen peut toutefois devenir applicable. Cela concerne notamment la protection des données, les informations aux consommateurs, les droits de rétractation, le géoblocage, la sécurité des produits, les taxes et les douanes.

Un processus de paiement rédigé en allemand européen, des prix affichés en euros, l'expédition vers des pays de l'UE, des publicités ciblées vers les marchés européens ou un nom de domaine spécifique à un pays tiers sont autant d'indicateurs montrant que vous ne vous limitez plus au seul marché suisse. Le cas échéant, il convient d'analyser séparément les exigences juridiques propres à ces marchés cibles.

Dans le domaine du commerce électronique transfrontalier, il est risqué de copier-coller simplement des CGV suisses pour les transposer sur tous les marchés. Les droits de retour, les obligations d'information et les normes de protection des données peuvent en effet présenter des différences majeures.

Que doit contenir votre liste de contrôle avant le lancement ?

Avant que votre boutique en ligne ne soit mise en service, vous devriez au minimum vous assurer que les bases juridiques de sa structure sont bien formalisées.

Vous devez disposer d'une forme juridique appropriée, d'un statut clarifié au registre du commerce, de mentions légales complètes, de CGV applicables, d'une déclaration de protection des données spécifique, de l'affichage transparent des prix et d'un processus de commande conforme aux obligations d'information légales. S'y ajoutent d'éventuelles réglementations spécifiques aux produits si vous vendez par exemple des denrées alimentaires, des cosmétiques, des appareils électroniques, des dispositifs médicaux, des jouets ou des services réglementés.

Fonder une entreprise d'e-commerce ne se résume donc pas au seul lancement d'une boutique en ligne. Cela implique de bâtir une entreprise solide, tant sur le plan juridique que technique et organisationnel.

Conclusion

Si vous désirez fonder une entreprise d'e-commerce, considérez l'environnement légal dès la genèse de votre projet. La forme juridique détermine votre responsabilité, vos besoins en capitaux, votre comptabilité et votre image de marque. Les CGV apportent quant à elles de la clarté concernant la commande, la livraison, le paiement, les retours et la responsabilité. Enfin, le respect de la protection des données est impératif dès lors que vous traitez des données clients.

Une boutique en ligne performante ne se caractérise pas seulement par son esthétique et sa force de vente. Elle est également bâtie de manière transparente, équitable et conforme à la loi. Cette rigueur vous préserve des litiges, renforce la confiance de votre clientèle et pose des bases saines pour votre croissance.

Foire aux questions concernant l'entreprise d'e-commerce

Dois-je créer une entreprise pour ouvrir une boutique en ligne ?

Si vous vendez régulièrement et de manière indépendante des marchandises ou des services en ligne, vous exercez en principe une activité commerciale. Vous avez la possibilité de démarrer sous la forme d'une entreprise individuelle ou de fonder une Sàrl ou une SA. La formule idéale dépend principalement de l'évaluation des risques, de votre chiffre d'affaires, de votre capital et de vos ambitions de développement.

Ai-je besoin de CGV pour une boutique en ligne de petite taille ?

Les CGV ne sont pas systématiquement imposées par la loi, mais elles restent très vivement recommandées en pratique. Elles déterminent des aspects cardinaux tels que la livraison, le paiement, les retours, la garantie et la responsabilité. L'essentiel est de s'assurer qu'elles sont consultables en amont de l'achat et qu'elles ne soient pas formulées de façon abusive au détriment du consommateur.

Suis-je tenu d'accorder un droit de retour à mes clients ?

En Suisse, la législation sur la vente en ligne de consommation courante n'impose pas de droit de retour général. Vous demeurez libre d'accorder un tel droit à titre facultatif. Le cas échéant, vous devez définir précisément les conditions requises dans vos CGV.

Un modèle de déclaration de protection des données est-il suffisant ?

Un modèle préétabli peut constituer un point de départ, mais s'avère rarement suffisant à lui seul. Votre déclaration de protection des données doit impérativement refléter le fonctionnement réel de votre boutique en ligne. Elle doit détailler la nature des informations que vous collectez, l'usage qui en est fait, l'identité de vos destinataires et si des données sont transférées à l'étranger.

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