Fondation d'entreprise

L'inscription au registre du commerce d'une entreprise individuelle

Quand vous devez inscrire votre entreprise individuelle, ce que cette inscription vous apporte et quelles en sont les conséquences à connaître.

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Quiconque fonde une entreprise individuelle en Suisse démarre souvent de manière simple. Pas de capital minimum, pas d'acte authentique, pas de structure sociétaire compliquée. Néanmoins, tôt ou tard, une question importante se pose : ai-je besoin d'une inscription au registre du commerce pour mon entreprise individuelle ? La réponse dépend principalement du chiffre d'affaires et de la nature de votre activité. Cet article vous explique de manière simple et compréhensible à partir de quand l'inscription au registre du commerce d'une entreprise individuelle est obligatoire, quand vous pouvez vous inscrire volontairement et quels sont les avantages et les obligations liés à cette inscription.

Qu'est-ce que l'inscription au registre du commerce pour une entreprise individuelle ?

L'inscription au registre du commerce rend votre entreprise individuelle officiellement visible. Le registre du commerce est un registre public de l'État qui divulgue des informations juridiquement pertinentes sur les entreprises. Il sert à la sécurité juridique et à la protection des tiers (art. 927, al. 1, CO).

Pour une entreprise individuelle, les informations suivantes sont notamment inscrites :

  • la raison de commerce, c'est-à-dire le nom commercial

  • le numéro d'identification des entreprises (IDE), si disponible

  • le siège et le domicile juridique

  • la forme juridique

  • le but de l'entreprise

  • le titulaire

  • les personnes qui ont le droit de représenter l'entreprise

Ces données découlent, pour les entreprises individuelles, de l'art. 38 ORC.

Il est important de noter qu'une entreprise individuelle ne naît pas seulement au moment de son inscription au registre du commerce. En principe, vous pouvez déjà exploiter une entreprise individuelle dès que vous exercez une activité indépendante de manière durable dans le but de réaliser un gain. L'inscription n'est donc pas la « naissance » de l'entreprise individuelle, mais elle la rend juridiquement visible vis-à-vis des tiers. Le Tribunal fédéral confirme d'ailleurs qu'une entreprise individuelle peut exister avant son inscription au registre du commerce (TF 4A_23/2014 consid. 2.1.1).

Quand l'inscription au registre du commerce est-elle obligatoire pour une entreprise individuelle ?

L'inscription au registre du commerce d'une entreprise individuelle est obligatoire lorsqu'une personne physique exploite une entreprise commerciale et que celle-ci a réalisé un chiffre d'affaires d'au moins 100 000 CHF au cours du dernier exercice (art. 931, al. 1, CO).

On entend par entreprise commerciale une activité économique indépendante exercée en vue d'un revenu durable (art. 2, let. a, ORC). Il ne s'agit donc pas de transactions occasionnelles uniques, mais d'une activité visant à générer des revenus réguliers.

En pratique, cela signifie :

  • Vous exercez une activité indépendante.

  • Votre activité est exercée en vue d'un gain.

  • Vous n'exercez pas cette activité de manière unique ou occasionnelle.

  • Votre chiffre d'affaires a atteint au moins 100 000 CHF au cours du dernier exercice.

Si ces conditions sont remplies, vous devez faire inscrire votre entreprise individuelle au registre du commerce du lieu de l'établissement (art. 931, al. 1, CO). Le lieu de l'établissement n'est pas obligatoirement votre domicile privé. L'élément déterminant est l'endroit où vous exercez effectivement votre activité économique et où votre entreprise se présente au public.

Qu'en est-il des professions libérales et de l'agriculture ?

Une exception importante s'applique aux professions libérales et à l'agriculture. Malgré un chiffre d'affaires de 100 000 CHF, les membres de professions libérales et les agriculteurs ne doivent s'inscrire que s'ils exploitent une entreprise gérée en la forme commerciale (art. 931, al. 1, CO).

Les professions libérales comprennent notamment les médecins, les dentistes, les architectes, les ingénieurs, les avocats ou les notaires. Dans ces activités, c'est souvent la relation personnelle avec la cliente, le patient ou le client qui prime.

Cela change toutefois si l'entreprise est fortement organisée sur le plan entrepreneurial. Le Tribunal fédéral apprécie au cas par cas si la recherche de rentabilité l'emporte sur la relation personnelle. Les indices peuvent être une organisation plus importante, plusieurs collaborateurs, une publicité planifiée, des chiffres d'affaires élevés, des questions de financement particulières ou une structure fortement orientée vers la rentabilité (TF 4A_526/2008 consid. 4.2).

Exemple : un petit cabinet de conseil individuel peut être évalué différemment d'un grand cabinet comptant de nombreux employés, des horaires d'ouverture étendus, un marketing important et un effort d'organisation considérable. Le chiffre d'affaires n'est donc pas le seul critère déterminant pour les professions libérales et l'agriculture.

Puis-je inscrire mon entreprise individuelle de manière facultative ?

Oui. Les entreprises individuelles qui ne sont pas soumises à l'obligation d'inscription ont le droit de se faire inscrire facultativement au registre du commerce (art. 931, al. 3, CO).

C'est particulièrement pertinent si vous êtes encore en dessous du seuil des 100 000 CHF de chiffre d'affaires, mais que vous souhaitez vous présenter de manière plus professionnelle. Une inscription facultative au registre du commerce pour une entreprise individuelle peut s'avérer judicieuse si vous travaillez avec des clients commerciaux, si vous souhaitez instaurer un climat de confiance ou si vous voulez protéger votre raison de commerce.

Cependant, l'inscription facultative n'est pas qu'une simple démarche marketing. Elle entraîne également des conséquences juridiques. Avant de procéder à l'inscription, vous devez donc en connaître non seulement les avantages, mais aussi les obligations.

Quels sont les avantages de l'inscription au registre du commerce d'une entreprise individuelle ?

L'inscription au registre du commerce apporte avant tout de la visibilité, de la confiance et une certaine protection de la raison de commerce.

Plus de confiance dans les relations d'affaires

Une inscription au registre du commerce montre aux partenaires d'affaires, aux banques, aux fournisseurs et aux clients que votre entreprise individuelle est officiellement enregistrée. Les tiers peuvent vérifier qui est derrière l'entreprise, où se trouve son siège et qui est autorisé à la représenter.

C'est particulièrement utile dans le domaine du B2B. De nombreux partenaires commerciaux veulent savoir à qui ils ont affaire sur le plan juridique. Le registre du commerce crée ici de la transparence, car il révèle des faits pertinents sur le plan juridique et sert ainsi à la sécurité juridique (art. 927, al. 1, CO).

Protection de la raison de commerce au niveau local

Un autre avantage est la protection de votre raison de commerce. La raison inscrite et publiée appartient à l'ayant droit, qui peut en faire un usage exclusif (art. 956, al. 1, CO).

Pour les entreprises individuelles, cette protection est limitée géographiquement. Une entreprise individuelle inscrite au registre du commerce ne peut pas être utilisée par un autre chef d'entreprise au même endroit (art. 946, al. 1, CO). Les prétentions découlant d'une concurrence déloyale vis-à-vis d'entreprises individuelles sises dans un autre endroit demeurent réservées (art. 946, al. 3, CO).

Une image professionnelle face aux banques et aux autorités

Une entreprise individuelle inscrite au registre du commerce paraît souvent plus professionnelle dans les relations d'affaires. Pour les banques, les bailleurs, les fournisseurs ou les clients d'importance, l'extrait du registre du commerce est un document simple permettant de vérifier l'existence, le siège et la représentation de l'entreprise individuelle.

Sur le plan juridique, il est particulièrement important que l'inscription clarifie la situation. L'ORC prescrit que la raison de commerce, le siège, le but, le titulaire et les personnes autorisées à représenter l'entreprise doivent notamment être inscrits pour les entreprises individuelles (art. 38 ORC).

Une distinction plus claire dans les relations extérieures

Une entreprise individuelle n'est pas une entité juridique distincte, contrairement à une Sàrl ou une SA. Sur le plan juridique, vous restez directement responsable en tant que titulaire. Néanmoins, l'inscription au registre du commerce aide au quotidien à structurer plus clairement vos activités commerciales.

Les clientes, clients et partenaires d'affaires voient sous quelle raison sociale vous exercez vos activités. Les contrats, offres et factures peuvent être rédigés uniformément sous ce nom. Cela ne remplace pas une limitation de responsabilité, mais apporte plus d'ordre dans les relations commerciales.

Quelles sont les obligations et les inconvénients de l'inscription ?

L'inscription d'une entreprise individuelle au registre du commerce ne présente pas que des avantages. Elle engendre également des coûts, des obligations formelles et des conséquences en matière de poursuites.

Émoluments et déclaration de modifications

Quiconque sollicite une décision ou une prestation de l'office du registre du commerce doit en principe payer un émolument (art. 1, al. 1, de l'ordonnance sur les émoluments en matière de registre du commerce, OE-ORC). Cela s'applique également aux inscriptions et aux modifications ultérieures.

Si des faits inscrits changent, par exemple l'adresse, le but ou les personnes habilitées à représenter l'entreprise, ces données doivent être mises à jour. Cela représente une charge administrative et peut générer des émoluments supplémentaires.

Poursuite par voie de faillite plutôt que de saisie

Une conséquence particulièrement importante concerne le droit des poursuites. Tout titulaire d'une entreprise individuelle inscrit au registre du commerce est soumis à la poursuite par voie de faillite (art. 39, al. 1, ch. 1, LP).

Le Tribunal fédéral souligne que c'est l'inscription formelle au registre du commerce qui est ici déterminante. Tant qu'une personne demeure inscrite, elle reste en principe soumise à la poursuite par voie de faillite, même si l'activité commerciale a déjà pris fin (TF 4A_23/2014 consid. 2.1.1).

Ce n'est pas un détail. Lors d'une poursuite par voie de faillite, on ne saisit pas un simple élément de patrimoine isolé. C'est l'ensemble du patrimoine saisissable qui est en principe englobé dans une procédure de faillite. Pour une entreprise individuelle, cela est particulièrement critique car il n'existe pas de séparation entre le patrimoine commercial et le patrimoine privé comme pour les sociétés de capitaux.

Aucune limitation de responsabilité

L'inscription au registre du commerce ne change rien au fait que vous êtes personnellement responsable en tant que titulaire d'une entreprise individuelle. Une entreprise individuelle n'est pas une personne morale distincte. Les dettes issues de l'activité commerciale peuvent de ce fait impacter votre patrimoine privé.

L'inscription rend votre entreprise plus visible et plus professionnelle, mais elle ne protège pas votre patrimoine privé. Si la limitation de responsabilité est un enjeu central pour vous, il conviendrait d'évaluer si une Sàrl ou une SA serait plus appropriée.

Les obligations comptables dépendent toujours du chiffre d'affaires

De nombreux fondateurs pensent que l'inscription au registre du commerce entraîne automatiquement l'obligation de tenir une comptabilité double complète. Une telle affirmation est trop générale.

Les entreprises individuelles doivent tenir une comptabilité complète et présenter des comptes si elles ont réalisé un chiffre d'affaires d'au moins 500 000 CHF lors du dernier exercice (art. 957, al. 1, ch. 1, CO). Les entreprises individuelles dont le chiffre d'affaires est inférieur à 500 000 CHF ne doivent tenir qu'une comptabilité des recettes et des dépenses ainsi que de leur patrimoine (art. 957, al. 2, ch. 1, CO).

L'inscription au registre du commerce est donc importante, mais l'obligation comptable des entreprises individuelles dépend en outre du seuil de chiffre d'affaires de 500 000 CHF.

Que doit contenir la raison de commerce d'une entreprise individuelle ?

Pour une entreprise individuelle, le nom essentiel de la raison de commerce doit être constitué du nom de famille du titulaire. Le prénom peut y figurer, mais ce n'est pas obligatoire (art. 945, al. 1, CO).

Il est par exemple permis d'ajouter un terme décrivant l'activité, pour autant qu'il ne soit pas trompeur. Il est en revanche interdit d'ajouter une mention suggérant un rapport social (un contrat de société) (art. 945, al. 3, CO). Une entreprise individuelle ne peut donc pas se présenter comme s'il s'agissait d'une Sàrl, d'une SA ou d'une autre forme de société.

Exemples de raisons de commerce typiques :

Situation

Exemple

Nom avec descriptif de l'activité

Müller Paysagisme

Prénom et nom de famille

Anna Keller Design

Élément de fantaisie avec nom de famille

Studio Nord Keller

Forme inadéquate pour une entreprise individuelle

Keller & Associés Sàrl

Le nom de famille doit être clairement identifiable. Si d'autres noms de famille figurent dans la raison de commerce, il doit être évident de savoir quel nom appartient au titulaire (art. 945, al. 2, CO).

Comment se déroule l'inscription en pratique ?

L'entreprise individuelle est déclarée auprès de l'office du registre du commerce du lieu de l'établissement. Lors de l'inscription, des pièces justificatives ne doivent être produites que si les faits à inscrire ne découlent pas déjà de la réquisition ou si d'autres dispositions l'exigent (art. 37, al. 1, ORC).

Si un numéro d'identification des entreprises (IDE) a déjà été attribué à votre entreprise individuelle, vous devez l'indiquer dans la réquisition (art. 37, al. 2, ORC).

En pratique, vous devez notamment clarifier ce qui suit avant la réquisition :

  • Quelle doit être la formulation exacte de la raison de commerce ?

  • Où se situe le siège ou le domicile légal ?

  • Quel doit être le but de l'entreprise au registre du commerce ?

  • Qui est la titulaire ou le titulaire ?

  • Y a-t-il d'autres personnes avec pouvoir de signature ?

Après l'inscription, les informations pertinentes deviennent publiques. Votre entreprise individuelle est ainsi plus facilement vérifiable par vos partenaires d'affaires, banques et autorités.

Conclusion : quand l'inscription au registre du commerce en vaut-elle la peine ?

L'inscription au registre du commerce d'une entreprise individuelle est obligatoire dès lors que votre entreprise a réalisé au cours du dernier exercice un chiffre d'affaires d'au moins 100 000 CHF. Pour les professions libérales et l'agriculture, cela dépend également du fait que l'activité est gérée en la forme commerciale (art. 931, al. 1, CO).

En dessous de ce seuil, l'inscription est facultative. Elle peut valoir la peine si vous souhaitez paraître plus professionnel, inspirer de la confiance, protéger votre raison de commerce au niveau local ou travailler avec des partenaires d'affaires plus importants.

Parallèlement, vous devez en connaître les conséquences. L'inscription engendre des émoluments, les modifications doivent être annoncées et vous êtes personnellement soumis, en tant que titulaire inscrit, à la poursuite par voie de faillite (art. 39, al. 1, ch. 1, LP). Surtout, l'inscription au registre du commerce ne protège pas votre patrimoine privé. Pour cela, vous auriez besoin d'une autre forme juridique, par exemple une Sàrl ou une SA.

Foire aux questions concernant l’inscription au registre du commerce pour une entreprise individuelle

Dois-je inscrire mon entreprise individuelle dès sa création ?

Non. Une entreprise individuelle peut en principe déjà exister avant son inscription au registre du commerce. L'inscription devient obligatoire notamment dès lors que votre activité a généré un chiffre d'affaires d'au moins 100 000 CHF au cours du dernier exercice (art. 931, al. 1, CO).

Puis-je m'inscrire même si mon chiffre d'affaires est inférieur à 100 000 CHF ?

Oui. Les entreprises individuelles qui ne sont pas soumises à l'obligation d'inscription ont le droit de s'inscrire facultativement au registre du commerce (art. 931, al. 3, CO).

L'inscription au registre du commerce protège-t-elle ma raison de commerce dans toute la Suisse ?

Pour les entreprises individuelles, l'inscription protège la raison de commerce au même endroit. Une autre personne ne peut pas utiliser la même raison de commerce pour une entreprise individuelle au même endroit (art. 946, al. 1, CO). Pour obtenir une protection plus étendue, le dépôt d'une marque peut s'avérer judicieux.

Dois-je tenir une comptabilité en partie double après l'inscription ?

Pas automatiquement. Ce n'est qu'à partir de 500 000 CHF de chiffre d'affaires lors du dernier exercice que les entreprises individuelles sont tenues de tenir une comptabilité complète et de présenter des comptes (art. 957, al. 1, ch. 1, CO). En dessous de ce seuil, une comptabilité simplifiée des recettes, des dépenses et de la situation financière suffit (art. 957, al. 2, ch. 1, CO).

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