Qu'est-ce qu'une raison de commerce sur le plan juridique ?
Une raison de commerce est le nom sous lequel une entreprise est inscrite au registre du commerce. Juridiquement, on parle de « raison sociale » ou de « nom commercial ». Elle ne doit pas être confondue avec une marque, un logo, un nom de domaine ou un identifiant de réseau social.
C'est important car chacun de ces signes fonctionne selon ses propres règles. La raison sociale identifie l'entité juridique dans les relations d'affaires. Une marque, quant à elle, désigne des produits ou des services. Un nom de domaine n'est au départ qu'une adresse Internet. En pratique, ces éléments peuvent être identiques, mais ce n'est pas obligatoire. C'est précisément pour cela qu'il ne suffit pas de trouver un joli nom. Vous devez vérifier si ce nom est juridiquement viable.
Le droit de la raison de commerce autorise les dénominations de fantaisie, les indications sur l'activité et d'autres ajouts descriptifs. Toutefois, le contenu de la raison sociale doit être conforme à la vérité, ne doit pas induire en erreur et ne doit pas être contraire à un intérêt public (art. 944, al. 1, CO). Cela semble abstrait, mais a des conséquences concrètes. Un petit bureau de conseil local ne devrait pas se présenter comme un organisme étatique, une université ou un groupe international si ce n'est pas le cas.
Quelles sont les règles de base pour le choix d'un nom ?
Une bonne raison de commerce n'est pas seulement créative, elle est aussi distinctive. Pour les créateurs et créatrices d'entreprise, cela signifie que le nom doit permettre d'identifier clairement qui se cache derrière, ne doit pas susciter de fausses attentes et doit se distinguer suffisamment des entreprises existantes.
Des règles particulières s'appliquent aux entreprises individuelles. Celui qui exploite une affaire en tant que propriétaire unique doit faire figurer son nom de famille, avec ou sans prénom, dans la raison de commerce (art. 945, al. 1, CO). De plus, aucun ajout suggérant un rapport de société ne peut être utilisé (art. 945, al. 3, CO). Une entreprise individuelle ne doit donc pas donner l'impression que plusieurs associés se cachent derrière elle.
Pour les sociétés de personnes ou de capitaux telles que la SA, la Sàrl, la société en nom collectif ou la coopérative, le choix est plus libre. La forme juridique doit toutefois être indiquée dans la raison de commerce (art. 950, al. 1, CO). Une Sàrl a donc besoin de l'extension « Sàrl », une SA de l'extension « SA ». Cet ajout de la forme juridique aide certes à la classification, mais ne rend pas automatiquement un nom suffisamment distinctif.
Pourquoi une simple recherche sur ZEFIX ne suffit-elle pas toujours ?
Si vous souhaitez vérifier votre raison de commerce en Suisse, l'index central des raisons de commerce ZEFIX est une première étape utile. Vous pouvez y rechercher des entreprises existantes et voir si des noms identiques ou similaires figurent déjà au registre du commerce.
Une recherche sur ZEFIX n'est toutefois qu'un début. La raison réside dans le système de protection de la raison de commerce. La raison de commerce d'une société commerciale ou d'une coopérative doit se distinguer nettement de toutes les raisons de commerce de tels sujets de droit déjà inscrites en Suisse (art. 951 CO). La raison de commerce inscrite au registre du commerce et publiée dans la Feuille officielle suisse du commerce est réservée à l'usage exclusif de l'ayant droit (art. 956, al. 1, CO). Quiconque subit un préjudice du fait de l'usage indu d'une raison de commerce peut demander la cessation de cet usage, ainsi que des dommages-intérêts s'il y a faute (art. 956, al. 2, CO).
Les autorités du registre du commerce examinent l'inscription, et l'Office fédéral du registre du commerce approuve les inscriptions si la loi et l'ordonnance sont respectées (art. 32, al. 1, ORC). Néanmoins, une inscription ne signifie pas qu'aucun conflit ne risque de survenir. En pratique, l'examen du registre empêche surtout les inscriptions manifestement inadmissibles. Des noms très similaires peuvent tout de même rester problématiques si une entreprise plus ancienne fait valoir ses droits ultérieurement par la voie civile. La responsabilité de vérifier le nom de manière approfondie vous incombe donc.
Comment évaluer si deux raisons de commerce sont trop similaires ?
La question de savoir s'il existe un risque de confusion entre deux raisons de commerce ne se décide pas par un calcul mécanique des lettres. L'élément déterminant est l'impression générale que les noms laissent auprès du public.
Le Tribunal fédéral affirme clairement que les raisons de commerce ne doivent pas seulement se distinguer lors d'une comparaison directe. Elles doivent également pouvoir être différenciées dans la mémoire du public. Les éléments qui se distinguent par leur sonorité, leur sens ou leur originalité sont particulièrement marquants. Les dénominations de pure fantaisie ont souvent un fort pouvoir distinctif. En revanche, les ajouts descriptifs tels que « Consulting », « Immobilier », « Fiduciaire » ou l'indication de la forme juridique sont souvent plus faibles (TF 4A_125/2019 consid. 2.1).
Dans l'arrêt « altrimo ag » contre « atrimos immobilien gmbh », le Tribunal fédéral a nié l'existence d'un risque de confusion en droit des raisons de commerce. Il ne s'est pas basé de manière isolée sur des similitudes individuelles telles que les lettres, le nombre de syllabes ou la suite de voyelles, mais a confirmé l'évaluation selon l'impression générale. Les différences de sonorité, d'accentuation, la longueur de la raison de commerce due à l'ajout « immobilien » et les associations d'idées des deux dénominations de fantaisie ont notamment été déterminantes (TF 4A_125/2019 consid. 2.3).
Pour les créateurs d'entreprise, cela signifie que de petites différences peuvent suffire, mais ce n'est pas garanti. Ce qui compte, c'est la manière dont le nom s'ancre dans l'esprit d'un destinataire moyen.
Vous devez être particulièrement prudent si le nom souhaité reprend l'élément fort d'une raison de commerce plus ancienne et le complète uniquement par des mots descriptifs. « NovaTech Sàrl » et « NovaTech Consulting SA » seraient par exemple nettement plus risqués que deux noms de longueur similaire mais dotés d'une sonorité et d'une signification différentes.
Pourquoi devez-vous également vérifier les marques ?
Le piège le plus fréquent consiste à confondre le droit de la raison de commerce et le droit des marques. Une inscription au registre du commerce ne protège pas automatiquement votre raison de commerce en tant que marque. Inversement, une marque plus ancienne peut vous empêcher d'utiliser votre raison de commerce sur le marché comme vous l'aviez prévu.
La marque est un signe propre à distinguer les produits ou les services d'une entreprise de ceux d'autres entreprises (art. 1, al. 1, LPM). Le droit à la marque prend naissance par l'enregistrement au registre des marques (art. 5 LPM). En principe, la priorité appartient à celui qui a déposé la marque en premier (art. 6 LPM).
La situation devient problématique si votre raison de commerce est identique ou similaire à une marque plus ancienne et que vous proposez des produits ou services identiques ou similaires. De tels signes sont exclus de la protection des marques lorsqu'il existe un risque de confusion (art. 3, al. 1, LPM). Le titulaire de la marque peut en outre interdire l'usage d'un signe de nature à créer une confusion sur des papiers d'affaires, dans la publicité ou de toute autre manière dans les affaires (art. 13, al. 2, let. e, LPM).
C'est pourquoi vous devriez non seulement effectuer des recherches dans le registre du commerce, mais aussi dans Swissreg, la banque de données de l'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle. Si vous souhaitez exercer votre activité à l'échelle internationale, vous devez également tenir compte des marques internationales ayant effet protecteur pour la Suisse. Quiconque souhaite vérifier sa raison de commerce en Suisse doit donc toujours s'intéresser aux raisons de commerce et aux marques.
Quel est le rôle des noms de domaine, des sites Web et des réseaux sociaux ?
Les noms de domaine et les noms sur les réseaux sociaux ne sont pas des raisons de commerce au sens strict. Néanmoins, ils peuvent déclencher des conflits s'ils sont utilisés dans les relations d'affaires comme un signe distinctif d'entreprise.
Supposons que vous fondiez une Sàrl avec une raison de commerce juridiquement sans problème, mais que vous utilisiez en ligne un nom de domaine fortement raccourci et similaire à une entreprise ou une marque plus ancienne. Le risque ne s'arrête pas à l'examen du registre du commerce. L'élément déterminant est la manière dont votre entreprise se présente à l'extérieur. En cas de litige, outre le droit de la raison de commerce, le droit des marques, le droit de la concurrence loyale ou le droit au nom peuvent également entrer en ligne de compte.
En pratique, vous devriez donc vérifier très tôt si le nom de domaine en .ch correspondant est disponible, si des domaines similaires sont déjà utilisés et si des profils de réseaux sociaux portant le même nom ou un nom très similaire sont actifs. La question de savoir si ces présences sont visibles dans le même secteur ou auprès du même groupe cible est encore plus importante. Plus les offres et les cercles de clients se rapprochent, plus un conflit est susceptible de survenir.
Comment procéder étape par étape pour la vérification ?
Le mieux est de vérifier votre nom à plusieurs niveaux. Tout d'abord, vous recherchez dans le registre du commerce des raisons de commerce identiques et similaires. Pour ce faire, vous ne devez pas seulement saisir exactement le nom souhaité, mais aussi des variantes d'orthographe, le singulier et le pluriel, des termes phonétiquement similaires et des abréviations typiques.
Ensuite, vous vérifiez si le nom respecte les règles de base du droit de la raison de commerce. Il ne doit pas induire en erreur, doit correspondre à l'activité et ne doit pas contenir de termes protégés ou délicats. Soyez particulièrement prudent avec des termes comme « Swiss », « Bank », « University », « official », « Confédération », « Canton » ou des désignations similaires. De tels mots peuvent susciter de fausses attentes ou être soumis à des règles particulières.
Vient ensuite la recherche de marques. Recherchez des signes identiques et similaires dans les classes de produits et services concernées. L'élément déterminant n'est pas seulement de savoir si une marque s'écrit de la même manière. Des similitudes phonétiques, visuelles et conceptuelles peuvent également être pertinentes.
Enfin, vous vérifiez le nom de domaine, le site Web, les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. C'est moins formel, mais crucial d'un point de vue entrepreneurial. Un nom qui est tout juste admissible sur le plan juridique peut néanmoins s'avérer peu judicieux s'il est constamment confondu en ligne avec un prestataire existant.
Si vous avez besoin d'aide pour la création de votre entreprise, Jurata se fera un plaisir de vous accompagner à tout moment. Les packs de création de Jurata comprennent déjà une recherche de marque gratuite. Vous pouvez ainsi faire vérifier directement si le nom de votre choix est encore libre et éviter d'emblée des conflits juridiques coûteux.
Que se passe-t-il si vous négligez un conflit ?
Un conflit peut s'avérer coûteux et fastidieux. Dans le pire des cas, vous devrez changer de nom, adapter votre site Web, remplacer vos imprimés, informer vos clients et reconstruire votre marketing. En cas de violation du droit des marques ou de la raison de commerce, des actions en cessation de troubler et, en cas de faute, des demandes de dommages-intérêts peuvent être redoutées (art. 956, al. 2, CO, art. 13, al. 2, LPM).
Un changement de raison sociale est particulièrement fâcheux durant la phase de lancement. Vous investissez du temps dans le logo, le site Web, le pitch deck, les contrats et l'acquisition de clients. Si le nom doit être abandonné plus tard, vous perdez non seulement de l'argent, mais aussi de la notoriété. C'est pourquoi la vérification avant la création est nettement plus rentable qu'une correction après le premier conflit.
Conclusion : Un bon nom est vérifié, pas seulement créatif
Vérifier une raison de commerce en Suisse implique bien plus qu'une recherche rapide dans le registre du commerce. Vous devez déterminer si le nom est admissible au regard du droit de la raison de commerce, s'il respecte une distance suffisante par rapport aux raisons de commerce existantes, s'il ne viole pas de marques plus anciennes et s'il ne prête pas à confusion en ligne.
La règle d'or la plus importante est la suivante : plus un élément de nom est marquant et original, plus vous devez prendre au sérieux les résultats similaires. Des ajouts descriptifs ou une autre forme juridique ne sauvent pas toujours un nom. En effectuant des vérifications minutieuses dès le départ, vous réduisez le risque d'oppositions, de mises en demeure, de changements de raison sociale et de coûts inutiles.
Une marque de commerce forte n'est donc pas seulement une décision de branding. C'est un fondement juridique pour votre entreprise.




