Protection des marques

Protéger son logo : marque, droit d'auteur ou protection des designs ?

Quand quel type de protection est approprié et pourquoi un logo a souvent besoin de plus d'une couverture.

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Un bon logo est bien plus qu'une simple décoration. Il figure sur votre site Internet, sur vos factures, vos emballages, les réseaux sociaux, vos cartes de visite et peut-être plus tard sur vos produits. C'est précisément pour cela que la question de savoir comment protéger votre logo se pose très tôt. En Suisse, trois voies principales sont envisageables à cet effet : la protection des marques, le droit d'auteur et la protection des designs. Elles se recoupent en partie, mais remplissent des fonctions différentes.

Qu'est-ce qui protège un logo dans le cadre d'une marque ?

Une marque protège un logo en tant que signe distinctif pour des produits ou services spécifiques. Elle vise à permettre aux clients de distinguer votre offre de celle des autres.

La loi sur la protection des marques définit la marque comme un signe propre à distinguer les produits ou les services d'une entreprise de ceux d'autres entreprises (art. 1, al. 1 LPM). Les représentations figuratives, les combinaisons de couleurs et l'association de différents éléments sont également expressément admises comme marques (art. 1, al. 2 LPM). Un logo s'intègre donc en principe très bien dans la protection des marques.

Il est toutefois important de noter que la protection des marques ne naît pas automatiquement en Suisse. Le droit à la marque ne prend naissance qu'avec l'inscription au registre (art. 5 LPM). Ainsi, quiconque se contente d'utiliser son logo sans jamais l'enregistrer comme marque ne bénéficie pas de la même protection claire offerte par le registre.

L'avantage pratique est considérable. Le titulaire de la marque a le droit exclusif d'en faire usage pour les produits ou services enregistrés et d'en disposer (art. 13, al. 1 LPM). Il peut notamment interdire à des tiers d'utiliser un signe présentant un risque de confusion sur des produits, dans la publicité ou de toute autre manière dans les affaires (art. 13, al. 2 LPM).

La marque n'est cependant pas sans limites. Elle ne protège votre logo que pour les produits et services pour lesquels vous l'enregistrez. De plus, sont exclus les signes appartenant au domaine public, ceux qui sont trompeurs ou contraires à la loi et aux bonnes mœurs (art. 2 LPM). Les marques plus anciennes peuvent également poser problème si l'identité ou la similitude crée un risque de confusion (art. 3, al. 1 LPM). Lors de l'examen de la demande, l'IPI ne vérifie pas s'il existe déjà des marques similaires plus anciennes. Effectuer des recherches avant de déposer la demande n'est donc pas un luxe, mais une étape essentielle de la gestion des risques.

L'enregistrement est valable dix ans à compter de la date du dépôt et peut être prolongé de dix ans en dix ans (art. 10 LPM). Parallèlement, la marque doit également être effectivement utilisée pour les produits et services revendiqués (art. 11, al. 1 LPM).

Quand le droit d'auteur est-il utile pour un logo ?

Le droit d'auteur ne protège pas le logo en tant que signe distinctif de l'entreprise, mais sa création créative concrète. Il prend naissance automatiquement dès que l'œuvre protégée est créée (art. 29, al. 1 LDA).

Un logo peut être protégé par le droit d'auteur s'il constitue une création de l'esprit au caractère individuel (art. 2, al. 1 LDA). Les œuvres graphiques figurent expressément parmi les types d'œuvres possibles (art. 2, al. 2, let. c LDA). Les projets ou parties d'une œuvre peuvent également être protégés s'ils remplissent eux-mêmes ces conditions (art. 2, al. 4 LDA). Une représentation graphique à des fins utilitaires, telle qu'un logo d'entreprise, peut donc constituer une œuvre graphique protégée.

La protection naît sans registre, sans frais et sans enregistrement. Cela semble pratique, mais présente un inconvénient : tous les logos n'atteignent pas le degré d'individualité requis. Un symbole très simple, une forme géométrique ordinaire ou une combinaison évidente d'éléments connus peuvent s'avérer trop banals. Ce n'est pas l'idée (« feuille verte pour la durabilité ») qui est protégée, mais uniquement sa réalisation individuelle concrète. Les idées, concepts et styles restent quant à eux libres.

Le Tribunal fédéral souligne que c'est le caractère individuel au sein de l'œuvre elle-même qui importe. L'élément déterminant n'est pas la personnalité du designer, mais l'individualité de l'œuvre. Parallèlement, en raison de la longue durée de protection, les exigences relatives au caractère individuel ne doivent pas être fixées trop bas (ATF 148 III 305 consid. 5.3).

Si le logo est protégé par le droit d'auteur, l'auteur a le droit exclusif de déterminer si, quand et comment l'œuvre peut être utilisée (art. 10, al. 1 LDA). Cela comprend notamment la confection, la distribution et la mise à disposition d'exemplaires de l'œuvre (art. 10, al. 2 LDA). En outre, l'auteur a en principe le droit de déterminer si et comment l'œuvre peut être modifiée (art. 11, al. 1 LDA).

Pour les entreprises, un point est particulièrement crucial : l'auteur est toujours la personne physique qui a créé l'œuvre (art. 6 LDA). Ainsi, lorsqu'une conceptrice réalise votre logo, les droits d'utilisation d'auteur ne vous appartiennent pas automatiquement. Bien que le droit d'auteur soit transférable (art. 16, al. 1 LDA), le transfert de droits particuliers n'inclut d'autres droits partiels que si cela a été convenu (art. 16, al. 2 LDA). C'est pourquoi le contrat de design doit définir clairement qui peut utiliser le logo, où, pour quelle durée, sur quels supports et avec quels droits de modification.

Quand la protection des designs est-elle pertinente pour un logo ?

La protection des designs protège l'aspect esthétique d'un produit ou d'une de ses parties. La loi sur les designs mentionne notamment les lignes, les surfaces, les contours, les couleurs ou les matériaux (art. 1 LDes). Un design est protégeable s'il est nouveau et présente un caractère individuel (art. 2, al. 1 LDes).

Pour un logo classique, la protection des designs n'est pas toujours la première option à envisager. Elle devient particulièrement intéressante lorsque le logo apparaît comme un design visuel sur des produits, des étiquettes, des emballages, des interfaces utilisateur ou d'autres objets. La protection des designs permet alors de sécuriser l'aspect esthétique extérieur, mais non la fonction de signe distinctif sur le marché.

Le droit sur les designs naît avec l'inscription au registre des designs (art. 5, al. 1 LDes). La protection est accordée pour cinq ans à compter de la date du dépôt et peut être prolongée de cinq ans en cinq ans à quatre reprises (art. 5, al. 2 LDes, art. 5, al. 3 LDes). La durée totale est donc de 25 ans au maximum. Le titulaire peut interdire à des tiers d'utiliser le design à des fins commerciales, par exemple pour la fabrication, le stockage, l'offre, la mise en circulation, l'importation ou l'exportation (art. 9, al. 1 LDes).

Le seuil requis est différent de celui du droit d'auteur. La protection du design n'exige pas impérativement une originalité artistique. L'élément décisif est de savoir si l'impression générale diverge de ce qui est déjà connu. Le Tribunal fédéral précise que le caractère individuel réside dans une divergence objective par rapport à l'existant. Même un design banal peut être protégé si son impression générale s'en distingue par ses éléments essentiels (ATF 133 III 189 consid. 3.1). Pour l'appréciation, il convient de ne pas se limiter à examiner des éléments de manière isolée, mais d'apprécier leur combinaison globale (ATF 133 III 189 consid. 5.1.1). Cependant, la nouveauté seule ne suffit pas. Elle doit s'accompagner d'un caractère visuel propre.

Comparaison entre marque, droit d'auteur et protection des designs

Si vous souhaitez protéger votre logo en Suisse, la marque constitue généralement le pilier central. Le droit d'auteur et la protection des designs peuvent s'y ajouter, mais ils ne remplacent pas la marque.

Type de protection

Protège principalement

Création

Durée

Utilité typique pour un logo

Marque

Le signe distinctif de produits ou services

Inscription au registre des marques (art. 5 LPM)

Dix ans, renouvelable indéfiniment (art. 10 LPM)

Protection contre les logos similaires créant un risque de confusion sur le marché

Droit d'auteur

La création de forme concrète et individuelle

Automatique dès la création (art. 29, al. 1 LDA)

En général 70 ans après le décès de l’auteur (art. 29, al. 2, let. b LDA)

Protection contre les copies de la création graphique

Protection du design

L'aspect visuel extérieur d'un produit

Inscription au registre des designs (art. 5 LDes)

Cinq ans, au maximum 25 ans (art. 5 LDes)

Protection pour la conception graphique sur des produits, emballages ou interfaces

Le Tribunal fédéral relève expressément que différents droits de propriété intellectuelle peuvent coexister si leurs conditions respectives sont remplies. Il n'y a donc pas d'exclusion mutuelle entre la marque, le droit d'auteur et la protection des designs (ATF 134 III 547 consid. 2.1). En même temps, chaque titre de protection évalue un aspect différent. Un design ne devient pas automatiquement une marque simplement parce qu'il est nouveau ou esthétiquement réussi. Inversement, un logo apte à être enregistré comme marque n'est pas automatiquement protégé par le droit d'auteur.

Quelle stratégie adopter en pratique ?

Pour la plupart des entreprises, la réponse pragmatique est la suivante : si vous utilisez un logo d'importance commerciale majeure, vous devriez en premier lieu examiner la protection de la marque. C'est particulièrement le cas si le logo figure sur les produits, dans la publicité, dans la boutique en ligne ou s'il sert d'identité visuelle centrale pour votre entreprise. C'est précisément dans cette fonction de signe distinctif que la marque déploie toute sa force.

Le déroulement est généralement simple, mais doit être préparé avec soin. Tout d'abord, vous définissez les produits et services pour lesquels vous souhaitez obtenir la protection. Ensuite, vous vérifiez si votre logo possède le caractère distinctif requis et s'il existe des marques antérieures identiques ou similaires. Enfin, vous déposez votre demande de marque auprès de l'IPI. Si vous avez besoin d'aide concernant la protection de votre marque, Jurata se tient à votre entière disposition à tout moment.

Parallèlement, veillez à bien documenter les droits liés au logo. Qui l'a créé ? Existe-t-il des ébauches ou des projets intermédiaires ? Avez-vous collaboré avec une agence ? Disposez-vous d'un accord écrit de transfert de droits ? En cas de litige ultérieur, il peut être crucial de pouvoir prouver que votre entreprise dispose de l'autorisation d'utiliser et de faire valoir ses droits.

La protection du design se justifie principalement lorsque l'aspect graphique revêt également une importance économique sous forme de design de produit ou d'emballage. Pour l'icône d'une application, une étiquette caractéristique ou un motif graphique marquant apparaissant sur un produit, la protection du design peut constituer un niveau de sécurité supplémentaire très pertinent.

Conclusion

Pour protéger un logo en Suisse, il convient de ne pas opposer ces trois types de protection. La marque préserve le logo en tant que signe d'identification sur le marché. Le droit d'auteur peut protéger la création graphique et créative de l'œuvre. Enfin, la protection du design est à même de sécuriser, à titre complémentaire, l'aspect esthétique extérieur du produit.

En pratique, le dépôt de la marque représente généralement l'étape la plus essentielle, car il s'applique précisément à l'aspect commercial le plus important des logos : la reconnaissance, le risque de confusion et l'image de marque. Le droit d'auteur et la protection du design peuvent s'avérer précieux en complément si le logo présente une originalité graphique propre ou s'il joue un rôle prépondérant en tant qu'élément d'un produit ou d'un emballage. La meilleure stratégie ne commence donc pas par un dépôt isolé, mais par une question claire : que faut-il précisément protéger, sur quels marchés et contre quel type d'imitation ?

Foire aux questions concernant la protection d'un logo en Suisse

L'inscription au registre du commerce suffit-elle pour protéger mon logo ?

Non. L'inscription au registre du commerce ne protège pas automatiquement votre logo en tant que marque. Elle concerne en premier lieu la raison de commerce, c'est-à-dire le nom de l'entreprise. Si vous souhaitez protéger un logo en Suisse, vous devez en règle générale effectuer un dépôt de marque pour garantir une protection claire de votre signe distinctif.

Mon logo est-il automatiquement protégé par le droit d'auteur ?

Uniquement s'il remplit les conditions requises pour constituer une œuvre. Il doit s'agir d'une création de l'esprit dotée d'un caractère individuel (art. 2, al. 1 LDA). Des créations très simples, ordinaires ou évidentes peuvent manquer d'individualité. Le droit d'auteur est donc utile, mais se révèle souvent incertain s'il est l'unique moyen de protection envisagé.

Dois-je déposer une marque verbale ou figurative ?

Si le nom de votre entreprise est l'élément le plus important, une marque verbale peut être pertinente. Si le design graphique concret de votre logo revêt une importance centrale, une marque figurative ou une marque combinant texte et image (marque verbale/figurative) est envisageable. Souvent, une marque combinée s'avère stratégiquement judicieuse car le nom et les éléments graphiques répondent à des intérêts de protection complémentaires.

Dois-je également protéger mon logo à l'international ?

La protection octroyée par un enregistrement suisse s'applique en principe au territoire suisse. Si vous utilisez votre logo dans d'autres pays ou prévoyez de vous développer à l'étranger, vous devriez planifier sa protection internationale de manière précoce. Cet aspect est d'autant plus important que les droits de marque et de design ont un effet territorial et que les délais de priorité peuvent jouer un rôle déterminant.

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