Protection des marques

Protection des marques : ce que les créateurs d'entreprise et les PME doivent savoir

Quand une marque en vaut la peine, comment fonctionne l'enregistrement et quelles erreurs tu devrais éviter.

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Le nom est choisi, le logo est prêt, le site internet sera bientôt en ligne. Pour de nombreux créateurs, créatrices d'entreprise et PME, c'est précisément ce moment qui donne l'impression de démarrer. En même temps, un risque souvent sous-estimé apparaît ici : quiconque ne protège pas correctement son nom, son logo ou le nom de son produit peut être confronté plus tard à des conflits coûteux ou constater que quelqu'un d'autre a été plus rapide. C'est pourquoi la protection des marques en Suisse n'est pas uniquement un sujet réservé aux grandes entreprises. Les jeunes entreprises, en particulier, investissent très tôt beaucoup d'énergie dans la visibilité, la confiance et la reconnaissance.

Que signifie la protection des marques en Suisse ?

En Suisse, la protection des marques signifie qu'un signe est inscrit au registre des marques et que son titulaire dispose du droit exclusif de l'utiliser pour certains produits ou services. Sur le plan juridique, une marque est un signe propre à distinguer les produits ou services d'une entreprise de ceux d'autres entreprises (art. 1, al. 1 LPM).

Peuvent notamment constituer des marques des mots, des lettres, des chiffres, des représentations graphiques, des formes tridimensionnelles ou des combinaisons de ces éléments entre eux ou avec des couleurs (art. 1, al. 2 LPM). Pour les fondateurs et les PME, ce sont surtout les marques verbales, les marques figuratives et les marques combinées (verbales/figuratives) qui sont pertinentes. Une marque verbale protège le nom en tant que tel. Une marque figurative protège un signe graphique. Une marque verbale/figurative protège la création concrète, par exemple un nom sous la forme d'un logo spécifique.

Il est important de noter que le droit à la marque prend naissance par l'inscription au registre (art. 5 LPM). En principe, le premier déposant bénéficie d'une position préférable (art. 6 LPM). C'est pourquoi la protection des marques en Suisse est particulièrement importante si vous utilisez un nom publiquement, si vous investissez dans son marketing ou si vous vendez des produits et des services sous ce nom.

L'inscription au registre du commerce constitue-t-elle déjà une protection de marque ?

Une inscription au registre du commerce ne remplace pas la protection d'une marque. Le nom commercial au registre du commerce protège avant tout la raison sociale en tant que désignation juridique de l'entreprise. En revanche, une marque protège un signe pour des produits ou services concrets.

Il s'agit d'une erreur fréquente lors de la création d'entreprise. Une Sàrl ou une SA peut être inscrite au registre du commerce et rencontrer malgré tout des problèmes de droit des marques si un nom similaire est déjà protégé en tant que marque pour des produits ou services similaires. Inversement, une raison sociale inscrite ne signifie pas automatiquement que vous pouvez interdire à d'autres d'utiliser un signe similaire comme nom de produit, logo ou domaine.

La situation devient particulièrement délicate si vous vendez également des produits sous votre nom de marque, si vous exploitez une boutique en ligne ou si vous commercialisez un service. Le Tribunal fédéral a confirmé que les titulaires de marques peuvent agir non seulement contre les signes apposés sur les produits, mais aussi contre l'usage à titre de signe distinctif dans la vie des affaires, par exemple dans la publicité, sur les papiers commerciaux, en tant que raison sociale ou nom de domaine, pour autant que les autres conditions soient remplies (TF 4A_265/2020 ch. 7.4.2).

Quels signes ne peuvent pas être protégés ?

Tous les bons noms de marketing ne font pas automatiquement de bonnes marques. Sont exclus de la protection des marques notamment les signes qui appartiennent au domaine public, ceux qui sont de nature à induire en erreur ou ceux qui sont contraires à l'ordre public, aux bonnes mœurs ou au droit en vigueur (art. 2 LPM).

Pour les PME, c'est surtout la notion de domaine public qui est importante. Le domaine public comprend les signes qui doivent rester libres de droits ou qui ne sont pas assez distinctifs. Les termes descriptifs sont donc problématiques. Quiconque souhaite monopoliser une simple indication descriptive pour ses propres produits se heurtera souvent à un refus.

Le Tribunal fédéral formule clairement le principe : ne sont notamment pas protégeables les signes qui se limitent à des indications sur la nature, la qualité, la quantité, la destination, la valeur ou d'autres caractéristiques des produits ou services. L'élément déterminant est de savoir si le caractère descriptif est reconnaissable sans effort intellectuel particulier ni recours à l'imagination. Il suffit que ce soit le cas dans une seule région linguistique de Suisse (ATF 145 III 178 ch. 2.3.1).

Pour les créateurs, cela signifie concrètement que plus votre nom est descriptif, plus votre protection est généralement faible. Les noms fantaisistes ou originaux sont souvent plus forts sur le plan du droit des marques. Un nom qui explique immédiatement ce que vous faites peut être attrayant pour le marketing, mais il n'est pas toujours idéal en tant que marque.

Que protège concrètement une marque enregistrée ?

Une marque enregistrée vous donne le droit exclusif d'utiliser le signe pour identifier les produits ou services pour lesquels elle est revendiquée (art. 13, al. 1 LPM). Vous pouvez, sous certaines conditions, interdire à des tiers d'utiliser de manière commerciale un signe identique ou similaire (art. 13, al. 2 LPM).

Toutefois, la protection n'est pas illimitée. Une marque est toujours enregistrée pour des produits et services spécifiques. C'est précisément pour cela que vous devez choisir une liste de produits et services lors du dépôt. La protection d'une marque de café n'est pas automatiquement identique à celle d'une marque de logiciel ou d'une marque de conseil.

En cas de conflit, le risque de confusion joue un rôle central. Les signes sont particulièrement problématiques lorsqu'ils sont similaires à une marque antérieure et destinés à des produits ou services identiques ou similaires, de sorte qu'il en résulte un risque de confusion (art. 3, al. 1, let. c LPM).

Le Tribunal fédéral apprécie le risque de confusion d'après l'impression d'ensemble que les signes laissent dans la mémoire du public concerné. Il ne suffit donc pas de décomposer artificiellement deux logos en éléments isolés. Ce qui importe, c'est de savoir si les clients pourraient attribuer les produits ou les services à la mauvaise entreprise ou supputer à tort l'existence d'un lien économique (TF 4A_540/2023 ch. 3.1).

Comment se déroule le dépôt de marque auprès de l'IPI ?

En Suisse, le dépôt de marque s'effectue auprès de l'Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle. L'IPI met à disposition à cet effet le dépôt en ligne via e-Trademark. Selon les indications de l'IPI, le dépôt comprend notamment le signe lui-même et la liste des produits ou services pour lesquels la protection est demandée.

Avant le dépôt, vous devriez clarifier trois choses : premièrement, quel signe vous souhaitez protéger. Deuxièmement, pour quels produits ou services vous avez besoin de protection. Troisièmement, s'il existe des marques antérieures qui s'approchent dangereusement de votre signe.

Lors de l'examen du dépôt, l'IPI vérifie en particulier les motifs absolus d'exclusion, comme l'absence de force distinctive ou les indications trompeuses. En revanche, il n'examine pas de manière approfondie si votre marque porte atteinte à des droits antérieurs de tiers. C'est précisément pour cela qu'une recherche préalable de marques est si essentielle. Si vous déposez sans faire de recherche, il se peut que votre marque soit enregistrée, mais qu'un titulaire de marque antérieure fasse opposition plus tard ou agisse contre vous au civil.

Après l'enregistrement, la marque est publiée. Les titulaires de marques antérieures peuvent s'opposer à l'enregistrement en faisant valoir des motifs relatifs d'exclusion (art. 3, al. 3 LPM).

Si vous avez besoin d'aide concernant la protection des marques, Jurata vous assiste volontiers à tout moment : Protection des marques.

Combien coûte la protection des marques en Suisse ?

Pour de nombreuses PME, les taxes officielles pour la protection des marques en Suisse sont faciles à planifier. Selon le barème des taxes officiel de l'IPI, la taxe de dépôt pour une marque suisse s'élève à 450 CHF. En cas de dépôt électronique, l'IPI accorde un rabais de 100 CHF. Le dépôt comprend en principe les trois premières classes de produits ou services. Des taxes supplémentaires peuvent s'appliquer pour les classes additionnelles. Selon l'IPI, la prolongation pour dix années supplémentaires coûte 550 CHF.

Ces taxes ne représentent qu'une partie des coûts totaux. Peuvent s'y ajouter les frais d'une recherche de marque, d'une évaluation juridique, de l'élaboration de la liste des produits et services ou de la représentation dans une procédure d'opposition.

En matière de protection des marques en Suisse, il vaut la peine de ne pas seulement regarder la taxe de dépôt. Une classe mal choisie, une liste trop restreinte ou un conflit n'ayant pas fait l'objet de recherches préalables peuvent s'avérer par la suite nettement plus coûteux qu'une préparation rigoureuse.

Quelle est la durée de validité d'une marque ?

En Suisse, l'enregistrement d'une marque est valable dix ans à compter de la date du dépôt (art. 10, al. 1 LPM). Il peut être prolongé de dix ans en dix ans, moyennant une demande de prolongation et le paiement des taxes prévues (art. 10, al. 2 LPM).

La demande de prolongation doit être présentée dans les douze mois précédant l'expiration de la durée de validité. Elle est encore possible au plus tard dans les six mois après cette expiration (art. 10, al. 3 LPM).

C'est ce qui rend les marques particulièrement attractives pour les entreprises. Contrairement à d'autres droits de propriété intellectuelle, une marque peut en principe être prolongée indéfiniment. La condition préalable est toutefois qu'elle soit gérée de manière stratégique et renouvelée à temps.

Dois-je vraiment utiliser la marque ?

Oui. Une marque n'est pas destinée à bloquer des signes à titre de réserve. Elle est protégée dans la mesure où elle est utilisée en relation avec les produits et services pour lesquels elle est revendiquée (art. 11, al. 1 LPM).

Après un certain délai de grâce, le non-usage peut avoir pour conséquence que le titulaire de la marque ne puisse plus faire valoir son droit. Si la marque n'a pas été utilisée pendant une période ininterrompue de cinq ans, le droit à la marque ne peut en principe plus être invoqué, à moins qu'il n'existe de justes motifs pour le non-usage (art. 12, al. 1 LPM).

Le Tribunal fédéral souligne que cette obligation d'usage vise à éviter que des marques soient déposées uniquement à titre de réserve et qu'elles gonflent ainsi artificiellement le registre ou fassent obstacle à la création de nouvelles marques (TF 4A_265/2020 ch. 6.3.2).

Pour les PME, cela signifie : ne déposez pas votre marque de manière trop large, mais ciblez les domaines où vous avez sérieusement l'intention de l'utiliser. Un dépôt trop large semble plus sûr au début, mais il peut s'avérer contestable par la suite.

Quand une PME doit-elle déposer une marque ?

Vous devriez déposer une marque au plus tard lorsque vous avez l'intention sérieuse de vous lancer sur le marché sous un nom spécifique. La protection des marques en Suisse est particulièrement essentielle si vous investissez déjà dans un logo, un emballage, un site Internet, de la publicité, des réseaux sociaux, le développement de produits ou la distribution.

Un dépôt de marque est également judicieux avant une levée de fonds, une expansion, un modèle de franchise ou le lancement sur une place de marché. Les investisseurs, les partenaires de distribution et les plateformes veillent de plus en plus à ce que les principaux signes distinctifs soient protégés sur le plan juridique.

Il est encore préférable de régler la question de la marque avant le lancement public. Vous pourrez ainsi détecter rapidement si le nom de votre choix présente un risque juridique. Si vous devez changer de nom après plusieurs mois ou années, cela coûte généralement non seulement de l'argent, mais nuit aussi à la confiance et à la notoriété de votre marque.

Questions fréquentes sur la protection des marques en Suisse

Une marque suisse protège-t-elle aussi à l'étranger ?

Non. La protection des marques est territoriale. Une marque suisse protège en principe uniquement en Suisse. Si vous souhaitez utiliser votre marque dans l'UE, aux États-Unis ou sur d'autres marchés, vous aurez besoin d'une protection supplémentaire à l'étranger ou d'une stratégie de marque internationale.

Puis-je enregistrer une marque avant même la création de l'entreprise ?

Oui, un dépôt de marque peut être judicieux avant même la création effective de l'entreprise. Il importe toutefois de planifier soigneusement la titularité de la marque. Si une Sàrl ou une SA doit utiliser la marque plus tard, il convient de clarifier si la marque doit être transférée ou si elle doit être déposée de manière adéquate dès le départ.

Un nom de domaine suffit-il comme protection ?

Non. Un nom de domaine ne vous confère pas de droit de marque. Bien qu'il puisse être important sur le plan pratique, il ne remplace pas une inscription au registre des marques. De plus, un nom de domaine peut poser problème au regard du droit des marques s'il entre en conflit avec une marque antérieure.

Quelle est l'erreur la plus fréquente en matière de protection des marques ?

L'erreur la plus fréquente consiste à d'abord imposer publiquement un nom et à ne vérifier que plus tard s'il est protégeable et libre de droits. La protection de la marque en Suisse ne devrait donc pas intervenir après le lancement, mais faire partie intégrante de la stratégie de marque et de création de l'entreprise.

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